Homélie du dimanche et des fêtes

10e Dimanche ordinaire

Le Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ

4 ou 7 juin 2026

« Ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson » (Jn 6, 51-58)

Un petit enfant de 5 ans disait un jour que Dieu s’était fait tellement petit pour être avec nous, qu’il était tombé dans l’hostie ! Ce petit enfant avait à peu près tout compris ! Amour inouï de ce Dieu qui a voulu se rendre accessible à nos yeux, pouvoir être touché par nos mains, pour que nous soyons touchés au plus profond de nous-mêmes, être nourri de sa vie, devenir participants de sa vie divine. Dieu s’est fait nourriture pour notre cœur. Il vient illuminer toute notre vie et la remplir de sa sagesse et du feu de son amour.

Beaucoup de premiers communiants ont le bonheur de sentir Jésus si proche, qui vient les toucher au plus profond de leur cœur. Il vient se donner à chacun, chacune d’entre nous pour que nous l’aimions en retour de tout notre cœur.

« La Sagesse a bâti sa maison, elle a édifié ses sept colonnes, elle a préparé son vin, elle a dressé sa table. À l’homme en quête de sagesse, elle dit : “Venez, mangez de mon pain, buvez du vin que j’ai préparé ! Quittez l’ignorance et vous vivrez, marchez dans la voie de l’intelligence.” » (Pr 9) Dans l’eucharistie se trouvent tous les trésors de la sagesse. La Sagesse en personne, Jésus, se fait si proche, si accessible. Il nous réunit dans la fraternité, il construit la cité dans la paix et dans un ordre supérieur.

La cité médiévale a voulu marquer les gens et la culture d’un symbole d’une profonde signification en plaçant l’église en son centre. Elle met en évidence que toute la vie de la cité se joue dans la rencontre personnelle et communautaire avec le Christ. L’Église convoque tous les hommes à l’eucharistie pour ouvrir leur conscience à l’expérience libératrice de la fraternité. La prière commune découvre l’autre non pas comme un adversaire, mais comme un frère appelé à la communion fraternelle.

Sans Dieu, notre cœur est vide. Nous faisons l’expérience d’un manque, d’une faim de fraternité et d’amour. Jésus, Sagesse suprême, se fait nourriture. Il est le pain descendu du Ciel qui donne la vie au monde. C’est Lui et lui seul qui donne la vraie vie, faite de joie, de fraternité, de plénitude. Nos vies et toute la création prennent tout leur sens en devenant le lieu de la fête de la fraternité et de l’amour divin.

Celui qui a libéré son peuple de l’oppression est précisément Celui qui lui a donné les dix Commandements ordonnant la cité dans la paix et la justice. Or, les premiers commandements concernent le culte rendu à Dieu. Il est un préalable pour édifier la cité dans la fraternité et la paix. Pour construire la fraternité, il faut un Père qui nous unit. Et pour le vivre, il faut un Esprit de fraternité, Celui qui jaillit du Cœur du Christ, qui a donné sa vie pour nous. L’eucharistie est une œuvre des trois Personnes divines. Le Christ ressuscité se rend présent au milieu de nous et donne sa vie à chacun, chacune d’entre nous, ouvrant des chemins de fraternité au cœur du monde. Il fait de nous des fils et des filles de Dieu. L’Esprit Saint descend sur nous et met en nous son feu sacré. Le Père nous rassemble dans la prière que Jésus nous a enseignée : Notre Père ! Nous devenons le Corps du Christ pour nous unir dans son amour, sa joie et sa paix. Soyons une « hostie de louange », comme le désirait S. Elisabeth de la Trinité, dont nous accueillons les reliques de son corps, ce soir à Fribourg, jusqu’à samedi.

L’eucharistie nous révèle que nous sommes appelés au bonheur d’une amitié qui nous illumine, nous révèle à nous-mêmes et nous donne la vie éternelle. Oui, elle nous offre d’expérimenter et de vivre dans l’intimité du Christ ressuscité. Le secret du bonheur de l’homme se trouve dans la communion avec Dieu, la source de l’amour authentique. Les amis de Dieu sont amis entre eux. Faisons alliance avec le Christ et communions à sa vie : c’est lui qui ouvre des chemins de fraternité dans le monde d’aujourd’hui. Portons cette bonne nouvelle à notre cité et au monde d’aujourd’hui. Amen !

Prière universelle

  • Pour que l’Église ne manque jamais de prêtres pour célébrer l’eucharistie. Dieu, notre Père, nous te prions.
  • Pour les dirigeants du monde entier : qu’ils accueillent largement l’Évangile du Christ pour le développement des peuples. Dieu, notre Père, nous te prions.
  • Pour tous ceux qui souffrent dans notre entourage : qu’ils trouvent dans la communauté rassemblée par l’eucharistie, le soutien fraternel dont ils ont besoin. Dieu, notre Père, nous te prions.
  • Pour nous tous ici réunis : que cette célébration illumine nos cœurs et nous donne un élan nouveau dans le service de nos frères. Dieu, notre Père, nous te prions.

10e Dimanche ordinaire

7 juin

« Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs » (Mt 9, 9-13)

Imaginons la scène : Jésus mangeant au milieu des publicains et des pécheurs ! Des personnes loin de la religion, de mauvaise réputation, rassemblés dans une salle à manger bruyante, parce qu’un des leurs est devenu disciple de Jésus. Ambiance de gens curieux, surpris, interpellés, médusés ou, peut-être, simplement amusés.

Les docteurs de la loi, eux, sont plutôt surpris et prennent Jésus à parti. Comment peut-il côtoyer de telles gens et ne pas se souiller ?

Jésus leur donne une réponse tirée de la Bible : « C’est la miséricorde que je désire, non les sacrifices ».

Les sacrifices rituels avaient pour but de rétablir l’alliance avec Dieu et de retrouver ainsi la pureté du cœur. Mais les pharisiens avaient oublié une chose essentielle : être uni à Dieu, c’est être uni à la miséricorde divine. La religion est vaine et fausse, y compris tous ses sacrifices, si elle ne débouche pas sur un engagement en faveur de la miséricorde. Le cœur pur, c’est un cœur qui aime, c’est un cœur miséricordieux.

Quelle leçon ! Jésus fait tomber les murs de l’exclusion. Comme Dieu, Jésus est présent partout, pour offrir sa miséricorde. Cette scène extraordinaire de Jésus au milieu des gens de mauvaise réputation révèle la religion en esprit et en vérité. Jésus est venu pour les pécheurs, pour réconcilier l’homme avec Dieu par sa miséricorde.

Mais qu’est-ce que la miséricorde ? C’est d’abord la capacité de vibrer au drame de l’autre. C’est aller le rejoindre là où il se trouve et partager sa douleur. Mais la miséricorde va plus loin que la compassion. Elle s’engage pour relever l’homme blessé, lui redonner la dignité et la joie de vivre.

La plus grande miséricorde que nous pouvons exercer, c’est s’engager pour transmettre l’Évangile. Comme Jésus l’a fait pour la Samaritaine, nous allons révéler à chacun, à chacune, la Source intérieure, qui est la plus grande ressource que l’homme peut découvrir dans sa vie.

Un monde qui fait de moins en moins référence à l’Évangile est un monde qui souffre. Au lieu de recevoir la miséricorde, il fait l’expérience de la solitude, des affrontements et d’une impasse. Qu’il le sache ou non, le monde d’aujourd’hui a plus que jamais besoin de l’Évangile. Il n’y a rien de plus précieux que la foi. Le chrétien peut en être fier, mais il doit surtout la cultiver, l’approfondir et dialoguer avec le monde d’aujourd’hui. La miséricorde est une tâche parfois exigeante, qui demande de la compétence. Pour être efficace, il faut connaître vraiment la situation de l’autre, la comprendre, et trouver ensemble des chemins concrets de libération et de vie.

André Frossard, auteur français du siècle dernier, raconte sa conversion de l’athéisme à la foi comme une œuvre de la miséricorde divine. Un jour qu’il entrait sans savoir pourquoi dans une église au moment où le prêtre était en train d’élever l’hostie consacrée, s’est vu comme retiré de la fange où il se trouvait et émerger dans une vie nouvelle de liberté, de dignité et de joie. Telle est la puissance de la miséricorde divine. Plus nous nous appuyons sur elle, plus nous ferons l’expérience d’une vie plus belle, plus humaine et plus divine. Que la communion eucharistique nous donne de communier à la miséricorde divine et de la rayonner autour de nous. Amen !

Prière universelle

  • Pour que l’Église soit de plus en plus messagère et porteuse de la miséricorde divine pour tous les hommes. Dieu, notre Père, nous te prions.
  • Pour que l’Église soit proche des personnes marginalisées par notre société. Dieu, notre Père, nous te prions.
  • Pour que ceux qui souffrent ne doutent jamais de la miséricorde de Dieu. Dieu, notre Père, nous te prions.
  • Pour nous tous ici réunis : pour que nous soyons des témoins de la miséricorde divine reçue et donnée. Dieu, notre Père, nous te prions.

P. Marie-Joseph Huguenin

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