
4e Dimanche du temps ordinaire
1er février 2026
« Heureux les pauvres de cœur » (Mt 5, 1-12)
Le discours des béatitudes que nous venons d’entendre nous invite à poser une question essentielle : qu’est-ce que le bonheur ? Le bonheur est-il une utopie ? Peut-on encore croire au bonheur dans ce monde traversé de guerres et de tragédies ? Jésus aurait-il annoncé un bonheur réservé à ses auditeurs et aujourd’hui dépassé ?
La question est au cœur de toutes les philosophies de tous les temps. L’homme désire naturellement être heureux, mais il peine à l’être et parfois se trompe de chemin.
Aujourd’hui, les gens cherchent le bonheur dans le bien-être. Il est fait d’abord d’avantages matériels. Ils poursuivent une quête centrée sur le plaisir personnel. Certains recherchent ce bonheur dans les voies orientales qui, depuis des temps immémoriaux, proposent des voies vers l’harmonie et l’illumination. C’est toujours un bonheur individualiste qui est proposé et qui apparaît de plus en plus ambigu.
Si ces efforts ont apporté un nouveau bien-être surtout matériel, force est de constater que l’on est loin du compte. La société de consommation détruit la planète et crée de plus en plus d’inégalité. Le bonheur reste fugitif et se trouve souvent là où l’on ne l’attendait pas, dans plus de sobriété et de partage.
Peut-être n’a-t-on pas suffisamment remarqué que le message de Jésus ne s’adresse pas qu’à des chrétiens, ni même à des croyants. Il annonce une voie universelle, immédiatement praticable. Heureux les miséricordieux, heureux les doux, heureux les artisans de justice et de paix. Ce bonheur est toujours tourné vers les autres. C’est en aimant son prochain que l’on accède à coup sûr au bonheur.
Mais l’on objectera que l’homme de bien peut être trahi, que le juste peut être persécuté, supprimé. À cette question cruciale, Jésus a répondu par sa propre vie. Jésus a fait jusqu’au bout le choix du bien, du pardon et de l’amour inconditionnel. Les hommes l’ont crucifié, mais ses disciples l’ont vu ressuscité. Et la meilleure preuve que l’amour est vainqueur, c’est qu’à leur tour, après la Pentecôte, ils ont été investis du même feu d’amour pour le répandre sur la terre au prix de leur vie. Et ceux-là sont proclamés bienheureux.
Ce qui est impressionnant dans ce discours des béatitudes ce n’est pas seulement qu’il est vrai, mais surtout qu’il est parfaitement réaliste et réalisable. Je peux dès aujourd’hui m’engager sur le chemin du bonheur en pratiquant les béatitudes. Et si je me trouve trop pauvre pour les pratiquer, eh bien ! je suis sur le point de rejoindre la première des béatitudes : « Heureux les pauvres de cœur, le royaume des cieux est à eux ! »
Il y a deux manières, en effet, de vivre sa pauvreté. Replié sur soi-même et malheureux ; ou tourné vers Dieu, en me confiant en lui. Le pauvre de la Bible est celui qui s’appuie sur Dieu et met toute sa confiance en lui. Dans la prière, il trouve des forces nouvelles. Il demande sans cesse l’Esprit Saint pour recevoir l’Esprit de Jésus, sa sagesse et son amour. Et alors, il est capable de tout. « Je me glorifierai surtout de ma faiblesse et même des persécutions, déclarait saint Paul, car je puis tout en Celui qui me fortifie ! » (cf. 2 Co 12, 9 ; Ph 4, 13)
L’homme sera toujours confronté à des difficultés en tout genre. Mais qu’il comprenne cette parole du Seigneur : « Je ne laisserai subsister qu’un peuple petit et pauvre, qui aura pour refuge le nom du Seigneur ». Faisons de nos limites un tremplin pour nous appuyer sur le Seigneur et connaître ainsi le bonheur immense des béatitudes.
C’est Jésus ressuscité qui nous rassemble ce matin pour nous nourrir du vrai pain de Vie, le Pain du Ciel, qui vient combler nos cœurs en les remplissant de son amour. Qu’il fasse de nous des personnes rayonnantes de sa joie, de sa paix et de son amour, amen !
Prière universelle
- « Heureux les pauvres de cœur ». Que le monde d’aujourd’hui redécouvre la soif de Dieu, la faim de l’Évangile. Dieu, notre Père, nous te prions.
- « Heureux ceux qui ont faim et soif de justice ». Que les chrétiens s’engagent pour la justice en mettant au centre de notre société l’amour, la miséricorde, la famille et la solidarité. Dieu, notre Père, nous te prions.
- « Heureux les miséricordieux ». Que nous sachions mettre notre joie dans le service de notre prochain, surtout des plus démunis. Dieu, notre Père, nous te prions.
- « Heureux les artisans de paix ». Que notre communion aux noces de l’Agneau fasse de nous des témoins de l’amour et de la paix de Dieu. Dieu, notre Père, nous te prions.
P. Marie-Joseph Huguenin
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