Solitude et communion (du 14 septembre au 27 novembre 2006)

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Je connais la solitude. Elle fait mal. Je la vois autour de moi. Je la sens en moi. Chaque fois que je suis devant mon travail, je suis seul. Étant censé être compétent, je ne peux me permettre d’en discuter avec une tierce personne. Etant l’expert spécialisé dans ma branche, je suis également seul. Chaque fois que j’entre dans un centre commercial, la solitude est omniprésente. Toute personne présente est captée par les publicités, la musique, les bruits, les mouvements et les produits vendus. Il est impossible de remarquer la personne à côté de soi. C’est la solitude. Ensuite chacun est occupé par lui même. Chacun voit les autres comme des concurrents. Ces derniers bloquent les files, les étalages, prennent les bonnes occasions, ralentissent,gênent. Chaque fois que j’entre dans un bistrot, la solitude y est patente. J’entre souvent pour y avoir un peu de bruit autour de moi. La musique occupe le fond. Le journal me permet de faire semblant d’être occupé. La connaissance que je rencontre ne veut pas d’un échange sérieux. Il faut boire, il faut parler sport, cul et commérages. Rencontrer est une incroyable rareté. Quand je me promène dans la rue, seuls les amoureux occupés à se caresser mutuellement semblent ensemble. Je vois des discussions sans importance comme la règle. Je vois les publicités qui me disent mon incapacité à être aussi beau que les gens sur les photos ou à être incapable de résoudre les problèmes que les produits vantés résolvent. Cela me repousse dans mon coin.
L’autre côté est que je me prétends chrétien. Dans cette idée se trouve la communion. C’est une chose bizarre. Une consécration d’un peu de vin et d’un peu de pain sans levain est la clé qui me mène à regarder chaque humain que je rencontre ou pas à chaque instant comme un frère ou une soeur. Chacun d’eux est par ce pain et ce vin une porte sur le divin. Chacun d’eux me renvoie vers Dieu pour que je puisse aller vers eux. C’est très joli. Cela sonne très bien. Le pire, j’y crois.
Je vois la solitude. Je vois la communion. Je ne vois pas comment cela va ensemble.

Par: Didier (14/09/2006)


La solitude a du bon. Elle me renvoie à moi-même. Voilà peut-être toute la question ou, du moins un aspect majeur. Si je ne m’aime pas, je vais me fuir et la solitude aura quelque chose de désagréable, voire insupportable : elle me ramène à moi-même. Le premier prochain n’est-ce pas moi-même ? Il me faut m’apprivoiser, peu à peu m’accepter, au point de m’aimer avec mes limites et mes faiblesses. Le meilleur exemple est sans doute saint Paul lorsqu’il écrivait : « Je me glorifierai surtout de ma faiblesse afin que la puissance de Dieu se déploie en moi ». Plus profondément, en effet, il y a en moi un autre, bien caché : Dieu ! C’est lui qui me donne l’existence et qui, même, daigne habiter ma pauvre chaumière. Comment s’accepter et s’aimer sinon sous le regard miséricordieux de Dieu : puisqu’il m’aime, pourquoi ne pas m’aimer ? Entrer en prière est une expérience extraordinaire : se mettre en présence de Dieu et se laisser aimer, pour aimer en retour. Très bienfaisant, décisif. Peu à peu mon regard change et je vois que l’autre que je croise est mon semblable. La vie devient une aventure : la rencontre de l’autre, pour la communion. Que d’obstacles, psychologique, culturel, social ! Mais avec l’assurance du réel : tu es mon prochain. Et Dieu est là pour m’aider, lentement, patiemment à tisser des liens de communion. Vaste programme : tisser des liens de communion où la solitude tient une place nécessaire.

J’ai très souvent fait l’expérience effrayante, avant le Baptême, d’une solitude qui a tout du “Néant” et du “Non sens”.
Le baptisé enfant ne se rend pas compte que lorsqu’il se parle en lui-même, il s’adresse en même temps à un Autre, en lui-même qui ne le quitte plus jamais, tout en respectant infiniment et amoureusement sa liberté.
Le solitaire baptisé chrétien est celui qui se coupe de l’Autre et des autres pour diverses peurs ou sentiments d’indignité devant Dieu et les autres. Il se coupe alors de la réalité, car en réalité l’Autre est toujours là profondément et discrètement en son coeur, et les autres ne disparaissent pas non plus.
La solitude peut être bonne, pour rêver par exemple car “Tout commence par un rêve”…, pour méditer, réfléchir, se concentrer, se reposer…
S’isoler jusqu’à l’enfermement ou se laisser exclure par manque de force, de conviction, de courage aussi, est un grand problème qui choque et se remarque d’autant plus aujourd’hui que notre société véhicule toute sorte d’aides, de formations, d’écoutes, d’idées par une formidable panoplie de possibilités en communication.
Le monde est devenu un village où l’information et la communication envahit tout! Et cela influe énormément sur nos façons de l’aborder. Face à cette invasion massive et parfois agressive :

  • Ou c’est le repliement et l’enfermement communautariste, qui reste le plus sectaire et le moins courageux, où la notion de “personne” se dégrade jusqu’à disparition presque totale.
  • Ou c’est le repliement solitaire parce qu’il nous manque la foi et l’espérance et qu’on piétine. Cela débouche souvent sur la dépression qui peut être “un” temps de bénédiction en prise de conscience et retrouvaille avec le for intérieur, en découverte de tous les possibles qui y sont enfouis.
  • Ou bien, c’est accepter le monde avec ses excès et c’est prendre soin de toujours s’octroyer du recul, des distances, des temps de ménagement, de repos, de méditation et de silence et des temps de rencontre vraie, d’échange et de discernement. La communication tire alors de sa propre abondance tout ce qu’elle a de bon et profitable à tous. Et de part en part les bonnes choses peuvent mûrir en pensée collective et permettent une base et tremplin pour le passage à l’action.

Solitude et communion? Pour qu’il y ait communion, il faut la rencontre de 2 solitudes, et pour que la communion grandisse il lui faut de “l’espace” entre les personnes pour continuer la rencontre des regards, pour approfondir la re-connaissance, pour enrichir l’échange. L’incomplétude, la finitude, la solitude appellent la communion et la ravive sans cesse, c’est pourquoi l’incomplétude, la finitude et la solitude sont finalement une grande et merveilleuse richesse en forme d’ouverture, de vase superbe, de créativité, de surprise, d’invitation, d’émulation etc…

Par: Foucault Michelle (18/09/2006)


Le discours du Pape Benoît XVI sur la foi et la raison (12.9.06 ; cf. Zenit.org ou Vatican.va), qui est sûrement historique, nous fournit un élément essentiel à notre forum. La raison est le pont naturel qui peut nous faire partager une communion, celle de l’universel. Je ne suis pas enfermé dans ma subjectivité, je puis me faire comprendre, même si cela peut être laborieux. La vraie foi est sagesse, elle comble le cœur et l’intelligence. La foi qui procède de l’illumination de l’Esprit vient illuminer mon intelligence. Et son objet est justement la communion dans l’agapè, dans l’amour qui descend de Dieu et qui remplit le cœur de l’homme. Ce cœur fait pour aimer dans la vérité, pour aimer vraiment. Je puis m’appuyer sur mon être même, sur mon esprit, mon cœur, pour me dire capable d’aimer humainement et divinement. Il y a en chacun de nous une ressource fondamentale : nous sommes créés pour aimer et recevoir l’Esprit qui nous rend effectivement aimant.

Par: P. Marie-Joseph (18/09/2006)


J’avais pensé plusieurs titres pour ce Forum. Puissent-ils nous inspirer des pistes de réflexions:

Comment faire tomber les prisons de la solitude sans plonger dans l’esprit du communautarisme…
L’isolé ou le solitaire, une âme douloureusement manquante au coeur d’une œuvre bloquée et inachevée, à interpeller d’urgence…
La solitude et l’isolement : Les maux d’un monde sans foi et sans espoir…
Sortir du dilemme de la liberté au prix de la solitude et de l’isolement pour la liberté au service de la créativité dans la complémentarité, l’échange, la solidarité…
Pour une nouvelle dimension de l’entraide au service de la personne et de ce qu’elle porte en elle pour les autres…
Pour sortir de l’isolement poser un acte : oser le don…
J’ai quelque chose à dire, à donner, comment y parviendrais-je?…

Par: Foucault Michelle (19/09/2006)


Solitude et communion

La solitude qui pèse et attriste s’appelle l’isolement. Je m’isole lorsque je me refuse au contact. A la communication. Disons le ici… puisque c’est le thème : à la communion ! Je refuse de toucher le monde et d’être impressionné par le monde. Je marche dans la rue, mais ne ressens, ni le sol sous mes pieds, ni les couleurs uniformes de la campagne qui m’entoure, ni la fraîcheur de l’air que je respire. Je ne regarde pas vraiment les personnes que je croise, je ne vois que des personnes, elles aussi enfermées dans leur isolement. Elles ne sont, tout simplement pas présentes à ma vie et donc, je restes également absente de la leur.

L’isolement, c’est l’absence de l’autre et l’absence à soi-même, dans ce qu’il y a de plus basique : le ressenti.

La solitude est une présence à soi-même dans chaque aspect de l’être. Et là, quelque chose se révèle et rayonne du centre, c’est l’Amour, la plénitude. Dans cette solitude, je rencontre. Le sol sur lequel je marche à une certaine qualité. La couleur des champs me saute aux yeux et j’ai l’impression de voir pour la toute première fois tant de verts délicats et différents. L’air que je respire est frais et parfumé et je le sens pénétrer mon corps.
Lorsque quelqu’un s’avance vers moi, je mesure l’approche, je ressens sa présence et lui me voit, c’est juste une rencontre. Nourrissante pour chacun.

Lorsque je cherche l’approbation, l’exclusivité, le contrôle, je me prive de moi-même. Je donne mon pouvoir à l’extérieur de moi.

Mais comment entrer en contact ? Avec l’autre ? Non… D’abord avec soi-même !

La vie émane de notre propre centre : « Vous êtes la lumière du monde » dit le Christ et le Bouddha dit : « Soyez votre propre flambeau ! »

Pour éclairer le monde de notre présence, pour communier dans notre quotidien il nous faut ressentir au centre de nous même, le divin !

Par: marie (25/09/2006)


La « solitude » dont témoigne Didier est l’expérience du vide voir du néant au cœur même des villes !
J’ai connu cela pendant longtemps, avant que ne s’inscrive en moi le Sceau permanent de L’Esprit, à mon Baptême.
Ce sceau, je l’ai reçu adulte. À partir de ce moment là, à mon grand étonnement, même les plus grands déserts que j’ai dû traverser, je les ai vécus avec Quelqu’un. Plus jamais ma vie ne fut l’expérience du drame de la solitude humaine au cœur d’un univers immense, dans lequel à l’évidence l’être humain se ressent comme un exilé…
Minuscule poussière que je suis… Devant un ciel étoilée, je me trouve face à des milliers de systèmes solaires qui n’existent plus. Leur lumière me parvient des siècles et des siècles après leur propre disparition… Les saisons se succèdent, tout semble enfermé dans un concept « temps » circulaire… Certaines espèces disparaissent, d’autres surgissent. Par hasard et par nécessité elles se transforment, parfois s’affinent, puis disparaissent à leur tour, ou durent et dureront jusqu’à l’explosion solaire finale…
Devant cela, l’homme instruit et le scientifique, peuvent dire alors comme l’Ecclésiaste : « Vanité, tout n’est que vanité »…
Mais si cet homme est juif ou chrétien, quand il dit cela, il le partage, chacun selon son sceau, avec une présence divine qui ne le quitte plus.
J’ai eu le témoignage d’un ami baptisé chrétien, qui sombra dans l’auto destruction, pendant une longue période de sa jeunesse, à en toucher la « folie ». il semblerait alors que l’expérience de la solitude, du vide et du néant se transforme en une expérience de l’enfer, en voulant fuir loin de la Face de Dieu, dont la toute puissance est une toute puissance d’amour qui n’empêche ni les guerres ni le malheur, mais qui l’assume avec nous. C’est l’histoire de Job, c’est aussi celle de la Croix…

Par: Foucault Michelle (31/10/2006)


Seul sans Dieu, seul avec Dieu, la solitude est aussi une conséquence de la découverte de notre finitude et incomplétude…
Nous aimerions être l’image de Dieu à nous tout seul, et nous suffire. C’est le rêve de toute puissance de l’enfant.
Mais nous aurons beau faire, déjà à la base, notre condition d’homme ou de femme, nous révèle moitié de son image ! C’est pourquoi le difficile passage de la puberté, où l’être humain découvre son incomplétude, vacille entre les rêves de l’enfance et la dure réalité d’un monde logique et risqué où règne la loi de cause à effet individuellement et collectivement, où le rêve est un bien qui ne suffit plus !
Le mot « chair » en hébreux exprime « toute la réalité humaine ». Et ça n’est pas un hasard, si dès la Genèse, mémoire de nos mémoires, se trouve la notion de : « personne » (« … L’humanité créée à la ressemblance de Dieu ») tout en maintenant dans une parfaite égalité la notion de « mâle et de femelle » qui deviennent « homme et femme » (isha, ish) en entrant en relation, l’un et l’autre.
Même si, en tant que « personne » j’arrive à une liberté et autonomie maximales, je suis homme ou femme et « moitié » de l’image de Dieu !
La Révélation du Dieu Trinitaire nous pousse à assumer cette identité comme une réalité positive.
Nous sommes, ensemble, homme et femme, à l’image de Dieu UN et TRINE. Cependant la tendance humaine serait plutôt d’exalter l’unicité solitaire totalement indépendante et autonome de chaque être humain, et de faire « Dieu » à l’image que chaque être humain désire de lui-même.
C’est de là, à mon sens que viennent, en grande partie, tous les dangers mystico spirituels, où, d’une certaine manière, on s’apparente à Dieu ou au Divin que l’on enferme dans nos définitions. On remplace alors le vis-à-vis humain, pour de multiples raisons, par l’illusion d’une suffisance procuré par un pseudo vis-à-vis divin (intérieur). Et là, c’est sûr, on ne risque pas trop les contrariétés !

Par: Foucault Michelle (31/10/2006)


Dieu comble et sur comble… Il se montre comme :
un Père, mais Il est plus encore, Il est Créateur ;
Il s’avance aussi comme un Époux dans sa Kénose, et c’est un Dieu tellement admirable qui s’abaisse,
Il est encore un Feu lumineux qui nous poursuit, tellement fidèle et plein de considération devant notre petitesse…
Ce Dieu qui nous comble est là, devant son image « l’homme et la femme » et Il n’est rien moins que tout cela !
Dieu n’est l’Époux de personne, mais de tous et tous ensemble, hommes et femmes, de l’Église, qui veut dire « assemblée ». La notion d’Épousailles, dans le nouveau Testament, est le rappel de la Kénose. C’est en sa Kénose que Dieu, dans le Christ, épouse la condition humaine avec tout ce que cela implique en terme de solitude, de finitude et d’incomplétude.
Voilà qui explique, en pays judéo chrétiens évolués, la forte conscience de l’aberration à séparer l’homme et la femme, une conscience qui ne cesse de grandir.
« Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni » dit le Christ. Le Christ s’appuie sur un texte de la Genèse, au commencement, avant le péché. Ainsi, Il élève le débat sur une question qui pataugeait dans de sombres histoires de répudiations, qui pénalisaient les femmes, où l’on passait du contrat de mariage au contrat de divorce ! Comme si l’amour d’un couple ou son contraire était négociable comme une marchandise !
Les générations actuelles, franches et libérées, comme guidée, ne lâche pas et accule ses porte paroles judéo chrétiens, à lire enfin ce passage, selon Dieu, et non selon les peurs ancestrales de l’être humain.
Par là je vois l’Esprit, qui par ces prises de conscience collectives, nous guide à vivre nos incomplétudes en commençant par les plus fondamentales et la solitude qui en découle, comme des richesses, des ouvertures sur la communion.

Par: Foucault Michelle (31/10/2006)


La spiritualité orientale, par une tradition de l’observation très fine de la nature s’est construite sur le même constat que l’Ecclésiaste. C’est pourquoi, (pour faire vite) elle prêche le dépassement de la réalité passagère qui, en tant que telle, n’est qu’illusion, pour une concentration sur le vide, ou réalité non palpable et donc dite « spirituelle ».
On retrouve cette ascèse partout dans le monde, surtout dans les monastères, quelle que soit leur confession (sauf chez les Juifs dont les monastères, d’ailleurs, sont le monde et la famille, appréhendés d’une manière tout à fait originale et unique).
Le corps par toutes ses facultés, devient instrument, au service de ce détachement jusqu’à se « nier » lui-même, puisque périssable. Le désir, généré par un manque à gagner, est proscrit, sauf, évidemment, le désir volontaire de se vouer au détachement.
Le « moi », ou ce qu’il en reste, cherche à se confondre à un « soi », trace d’un ailleurs hors univers objectif, que l’on suppose donc divin.
Cette nouvelle perception de soi se révèle progressivement par l’influence de toute une philosophie dont la base est une croyance au karma et un programme de méditations, techniques et rituels.
Comme je le disais plus haut, on retrouve cela aussi dans l’exercice de spiritualités occidentales, car la propension humaine à se tourner vers l’intérieur trouve un énorme appui en l’universelle quête du paradis intra utérin comme l’a largement démontré la psychanalyse. C’est pourquoi dans toutes les cultures non issues du Judaïsme, cette nostalgie, donne au « divin » un visage féminin ou grandement féminin. Ces formes de spiritualité sont totalement centrées sur l’intériorité. Elles pacifient, mais aussi, « ramollissent ».
Cette paix n’est pas à confondre avec celle donnée par le Christ qui est « force aimante et courageuse, gratuitement donnée et non acquise, jusqu’au sang versé », qui demeure d’une très grande accessibilité, même par les plus simples.

Par: Foucault Michelle (31/10/2006)


« Un jour viendra » dit Jésus, « où l’on adorera Dieu en Esprit et en Vérité »… « et non au temple »…
Il existe beaucoup de temples, de monastères, de couvents partout sur la terre où l’on cherche et cultive Dieu ou le « Sens »…
Tant qu’ils sont de pierres, comme souvent par le passé, jalonnant les routes pour servir de halte aux pauvres, ils ne sont pas dangereux.
Mais lorsqu’ils se lovent sur une règle, qu’ils cadrent, protègent, et malheureusement infantilisent et déresponsabilisent, ils se dissocient de plus en plus insensiblement, insidieusement, de la Vérité qui les cherche.
Et comme ils sont nombreux les monastères ou temples dont les murs s’épaississent de l’intérieur, par le rajout de ciment, de cailloux, de tapisseries ! Ce sont les monastères des idéologies, des croyances, des traditions, à la fois bonnes et mauvaises, du new âge mais aussi du communautarisme, de la drogue, de l’alcool, de la schizophrénie, du suicide… Au cœur de l’ego, pauvre brebis égarée, perdue dans « son » monde qu’elle s’est construit par ses choix, l’humain cherche son sens « Dieu »… Et comme il ne Le trouve pas… Dieu est venu, et Il continue de le faire Eucharistiquement et par sa Parole, parce que, malgré sa capacité de proximité humble et généreuse, nous n’arrivons pas à le reconnaître par nous même, ni en nous même… Et la « Rencontre », peut sembler , comme le dit Didier, d’une incroyable rareté.

Cependant j’en témoigne, ce n’est pas en moi que j’ai trouvé la Lumière et pourtant Dieu sait, si je l’y ai cherchée. À une certaine époque, il me semblait même en avoir trouvé la lueur fondamentale en découvrant et méditant sur le Tao… En même temps persistait en moi une soif insatiable et arrogante de la vérité. Et c’est la Lumière qui est venue à moi. Mon expérience est celle d’une Rencontre et d’une « Révélation »… D’un Dieu qui me rejoint, et dont le vis-à-vis (sous de multiples visages) me révèle à moi-même.
Il est au-dedans comme autour, parce qu’Il peut se faire sentir partout.

Par: Foucault Michelle (31/10/2006)


Pour ma part, et aussi en observant autour de moi, je découvre qu’en cherchant Dieu en soi-même, on se love trop souvent confortablement derrière les murs de notre monastère intérieur, sans bien s’en rendre compte.
Le repli, la quête de Dieu en soi-même, procure un certain repos qu’il faut s’octroyer quand c’est nécessaire. Mais je pense que, bien souvent, ça n’est pas là que je rencontre Dieu tel qu’Il est.
Je le rencontre tel qu’Il est dans ses surgissements que je n’ai pas pré-vus, pré-médités, quand Il peut enfin « sur-prendre » tous mes pré-jugés hérités ou pas, qu’Il fait tomber et dont il ne reste pas pierre sur pierre. Je me retrouve alors nu, mais pas par le détachement ni l’ascèse, pas par le renoncement et son cortège de frustrations dont je me glorifie et que je garde parfois en monnaie d’échange devant Dieu, pas par mes connaissances ni exercices spirituels… Cette soi-disant nudité n’est pas la vraie nudité. J’ose le dire parce que j’ai vécu ces 2 formes de nudité.

L’oraison chrétienne, qui est un moment de solitude avec « Dieu », devrait être ou devenir bien plus qu’un temps de prière dans le repos, dans une atmosphère porteuse, doucereuse, et dans le silence, pendant un temps donné ou programmé… L’oraison devrait permettre de retrouver l’Ami intime, dès la moindre coupure avec les occupations quotidiennes qui nous focalisent sur diverses tâches ou pensées ou échanges, parce que l’oraison c’est le Ciel et la terre qui se fécondent l’un l’autre, tout simplement, tout le temps.
La définition judéo chrétienne de l’oraison, c’est vraiment cela, être à la fois du Ciel et de la terre, et c’est facile car en Christ nous sommes du Ciel et de la terre, nous sommes ce mélange unique et indissociable tant aimé de Dieu, créé, puis perdu puis recréé.
L’ oraison c’est « vivre dans l’accueil et le don » c’est se vivre dans son identité fondamentale et entière, c’est là que Dieu est proche par son désir de nous et par son don qui ne cesse plus.

L’oraison, ou prière méditative, en tant qu’expérience mystique, attire souvent, par son côté insolite, saisissant, magique et gratifiant.
On peut la vivre sous toutes les latitudes planétaires mystico spirituelles…
Par la prière, pour peu qu’elle soit bien conditionnée, quelque soit « l’interlocuteur » qu’on imagine en soi, on arrive toujours à des résultats et expériences originaux, efficaces… La pensée humaine, en forme de prière, lorsqu’elle enfante, donne toujours du fruit. Mais il y a toute sorte de fruits. Tous ne sont pas divins, certains peuvent même être trompeurs et nous amener jusqu’à l’orgueil spirituel voir le délire mystique.

Par: Foucault Michelle (31/10/2006)


C’est pourquoi je pense que la communion à Dieu est à accueillir humblement comme elle se propose, quel que soit mon état, mon âge, ma disponibilité, mes carences, exactement comme dans la communion au prochain.

Si j’ai demandé le baptême à 32 ans, ce n’est pas parce que Dieu m’aurait préparée et initiée tout doucement en passant par tout un itinéraire complexe, mais parce qu’Il me veut libre et qu’Il veut libres tous les chrétiens qui n’ont pas su, devant moi, témoigner de Lui. Et c’est par le témoignage répété d’un enfant de 7 ans, que la Réalité, la Vérité, dans toute sa profondeur, est venue frapper à ma porte et qu’elle m’a interpellée, dérangée, déstabilisée, remise en question en même temps qu’elle mettait mon courage à l’épreuve…
Quand le Christ dit « Vous êtes la lumière du monde » ce n’est pas pour nous flatter voir nous stimuler, mais pour nous mettre en garde. On est la lumière du monde, quand on est au Christ pour toujours, et ce « vous êtes la lumière du monde » fait résonner en soi un appel au courage, bien plus qu’un appel à se montrer paisible, affable, rayonnant…
« On ne met pas la lumière sous le boisseau mais sur un lampadaire » dit l’Évangile, mais ça n’est pas pour faire de celui ou celle qui a reçu cette lumière, une idole, ou même un maître, mais un serviteur envoyé vers l’homme perdu, son frère, son égal, afin de lui partager cette lumière qui lui a été donnée.

La vraie illumination intérieure, dans l’expérience chrétienne, ne dépends presque pas de soi-même.
Je peux être misérable d’une immense misère (et c’est ce que je suis) si je croise le regard de Dieu, si j’entends son appel, alors Il m’inonde de son Esprit, Il me sauve, et je sens qu’Il me recrée. Cela ne veut pas dire que je vais avoir la force par la suite de le suivre et de m’investir à le faire connaître, mais cette Rencontre m’aura marqué(e) pour toujours. Et chaque fois que je rencontrerai « vraiment » mon prochain, ce sera encore une illumination intérieure, une vraie.
C’est l’autre ou l’Autre en tant qu’autre qui par sa re-connaissance m’éveille, c’est la relation, l’échange en vérité, qui me confirme, m’interpelle, me corrige, m’aide à grandir.
En matière de confirmation, les grands mystiques judéo chrétiens sont toujours d’une grande simplicité et attendent toujours d’être confirmés dans leurs expériences métaphysiques par Dieu de mille et une manières.

Par: Foucault Michelle (31/10/2006)


Quel épouvantable défi pour Dieu, que d’entreprendre inlassablement des visites « surprise » et transformantes, à des personnes qui ont prévu l’heure, le lieu, l’atmosphère, là où finalement ces personnes sont pleines d’elles même sans s’en rendre compte souvent, là où elles ont planté le décor et les conditions de la rencontre etc…
L’intériorité est un incontournable, nous n’allons pas nous confisquer totalement à nous-même. Mais reconnaissons qu’elle est piégée. Même en faisant le vide ou plutôt de la place en soi pour mieux accueillir, l’intériorité n’est autre que soi de l’intérieur, en forme d’amphore dans le meilleur des cas !

Bien plus que de la communication, la communion est « rencontre ». Bien plus qu’une présence, elle est « partage ». Elle opère à tous les niveaux de la personne et pas seulement au niveau des sensations. La communion n’est pas chercher l’autre ou l’Autre en soi, ni d’ailleurs se chercher en l’autre. Bien sûr, il est profitable de bien se connaître pour aller vers les autres, mais comme nous n’aurons jamais vraiment fini de nous connaître alors à quand la communion. Tout cela me paraît être un faux débat. « Aimer » commence par un « aller vers » et tant pis pour les méprises, de toute façon ces dernières peuvent être l’occasion de découvrir le pardon, et de vivre alors un moment fort de communion.
« Laissez venir à moi les petits enfants, le Royaume est à ceux qui leur ressemblent ». Le Royaume est un « Être avec ». L’enfant est spontané, simple. Il s’appréhende lui-même comme un tout, corps âme, esprit, comme une infinitude née du fini, comme une espérance infinie née d’une graine petite mais solide de foi : « un oui »… il ne les sépare ni ne les oppose. Il a raison, ils ne font qu’un. Plus tard à force de dire « mon » corps, « mon » âme, « mon » esprit, il se sentira comme une entité pensante extérieure à ces « choses » qui seraient siennes, alors qu’en réalité il est son corps, son âme, son esprit. Et ce qu’il est, n’existe et ne grandit que pour « être en relation » parce qu’il est fondamentalement « être relationnel », il est fondamentalement fait pour l’autre et l’Autre.
Apprenons l’humilité, la simplicité, et osons nous laisser surprendre par Dieu et le prochain ! C’est ainsi que peut commencer puis s’exercer le mystère de la communion.

Par: Foucault Michelle (31/10/2006)


Marie Joseph, la solitude a du bon. Ouais.
La solitude a cette brutalité en elle de me renvoyer vers moi-même. C’est vrai. Elle me ramène également vers toutes mes faiblesses, mes manques. Une solitude lucide me montre un vide.
Après, j’ai eu un choix à faire. Ce vide est soit le lieu de ma terreur. Dans ce cas, le vide me détruit. Mais c’est ce vide qui est, à mon avis, le lieu de la création et de la vie. Plusieurs personnes que je respecte ont parlé de ce vide. Il était positif à chaque fois. C’est aussi, à mon avis, le lieu que recherchent les bouddhistes pour atteindre l’illumination. Ce vide a donc une valeur. Si je peux être en contact avec le monde, les gens, la nature, l’autre dans tous les sens du terme, c’est grâce à ce vide.
La terreur et la sensation d’anéantissement total restent associés à ce vide. C’est aussi un lieu de mort. Dans cet endroit en moi, je n’existe pas. C’est la mort. Chaque idée personnelle, chaque sentiment, chaque opinion, chaque croyance, chaque pensée devrait s’appuyer sur ce vide. Elles sont donc toutes condamnées à disparaître très vite. C’est donc un lieu de mort.
Là, les gens que j’admire ont tous contemplé ce vide et le regardent avec joie, bonne humeur, sérénité, paix, créativité. C’est simplement incroyable. J’ai raté quelque chose.
La meilleure idée que j’ai est Dieu. Dieu, je le vois très bien dans ce vide. Il devient mon sauveur. Il devient ma vie. Il devient la raison pour laquelle ma vie est éternelle. Il devient mon appui pour que je continue à vivre. Il me donne la vie éternelle par son existence seule.
J’ai donc besoin de Dieu. J’ai aussi besoin de la vie de tous les jours avec tous ses aspects. Sinon, je n’ai rien à créer dans mon vide. Je reste un ectoplasme qui se détruit lui-même. Sinon, je cesse d’exister avec la même intensité que dans ce vide intérieur.
L’horreur est que j’ai beaucoup de peine à croire à l’amour. J’ai beaucoup de peine à croire que la personne que je rencontre est aimante à la base et qu’elle est sérieuse dans cette attitude. J’ai beaucoup de peine à croire que la personne devant moi pense à autre chose qu’à elle-même. J’ai beaucoup de peine à croire que la personne devant moi me reconnaît.
Prier est un acte de reconnaissance de Dieu. Prier est un acte de reconnaissance de l’Autre. C’est un acte d’accueil de la Réalité. A la base, je crois en être exclu. Mon expérience de l’amour est celui de l’amour conditionnel. « Je t’aime si… ». Mon expérience de l’amour est une forme d’achat de l’attention. Ce n’est pas de la prière. J’ai un gros hiatus à cet endroit. Ce n’est pas l’autre, mon prochain, qui est mon plus grand obstacle à cette idée de la prière.

Par: Didier (09/11/2006)


A Michelle Foucault, le non sens

Le « Non Sens » est une atrocité. La fermeture à l’Autre donne effectivement du non sens à la vie. Se laisser exclure ou s’isoler est aussi le résultat d’une blessure à l’intérieur de soi même. Les forces pour aller vers la réalité et l’autre sont sapées à la base. Faire semblant d’écouter est, à mes yeux, une insulte envers la personne qui vous parle. En plus, sans même en être conscient, la personne prétendument écoutée sent immédiatement que quelque chose ne va pas et va éviter la rencontre. S’imposer malgré cet évitement donne des résultats pitoyables. C’est entrer dans les jeux de pouvoir, de manipulation, de répétitions de paroles entendues ou d’actes calculés pour soigner la relation. C’est être pleinement dans le non sens. Je déteste.
Je prends la responsabilité de ma solitude. Elle représente pour moi un pis aller qui m’évite une prise de risque extrêmement grave. Je sais très bien que ce n’est pas idéal, voire destructeur. J’ai été tenté par l’idée de rejoindre des groupes ou associations. Je n’y ai pas trouvé de réponse à ma blessure. Il m’y était demandé, tout à fait innocemment, de faire semblant, de simuler le bonheur. Jouer à cela, c’est cesser d’exister. Je préfère la mort physique à cette mort. Je me retrouve seul, mais avec une blessure. C’est curieusement positif.
Cette blessure m’a fait essayer toutes sortes de voies, chemins et idées. Elle a aiguillonné ma curiosité, fait chercher des issues et m’a épuisé. J’ai du faire une chose terrible. J’ai du décider de lui faire face. Cela aurait du m’emporter et me tuer. Le problème est que je suis chrétien. Je crois en Dieu. L’Eglise enseigne l’Espérance. C’est cruel. Elle m’a forcé à vivre. Ce n’est pas un cadeau.

Par: Didier (09/11/2006)


Quand j’ai un peu mieux compris ce qu’est l’Espérance, (Pour moi, c’est espérer quand j’ai de très bonnes raisons de désespérer totalement et d’agir comme si j’étais plein d’espoir. Curieusement et de manière parfaitement incompréhensible, ça marche.) j’ai pu passer à l’affrontement.
C’est un échec permanent. C’est une accumulation de défaites. C’est inefficace, lent et incertain. Mais chaque défaite est, par l’Espérance, une leçon. Avec un grand nombre de défaites, j’apprends un certain détachement face à l’échec. Dans l’opération, j’ai perdu mon goût pour la télévision, le cinéma, les romans, les bandes dessinées. J’ai perdu ma foi dans la Raison, la Science, la Philosophie. J’ai même perdu une part énorme de ma Religion. J’ai égaré ma vision du monde. Elle était si simple. Je suis en train de perdre ma vision de mon prochain. Je perds ma haine. C’est un désastre positif.
Cette nudité est incroyable. En perdant toutes ces choses, je me retrouve avec des actes personnels qui ont beaucoup de valeur. Je me retrouve avec beaucoup de gens, d’idées, de rencontres, de fascinations, de rêves. Je n’arrive simplement pas à suivre. Je suis horriblement ignorant, faible et incomplet. Pourtant, ces faiblesses me donnent tout ce qui est dans mon champ de conscience. En cessant d’exister, je me rends présent à tout ce dont je suis conscient. En étant conscient de n’importe quoi, j’existe. Je suis. Je suis avec l’Autre.
Le monde n’est pas un village. Nous avons des moyens technologiques de transmettre des informations. Ils sont fantastiques. Ces informations vont du pire au meilleur. Ces informations sont comme des bouteilles à la mer. Nous envoyons quelque chose en espérant avoir un retour positif. Sans cette présence de l’autre qui réagit à nos informations, ce n’est pas une communication. C’est un bruit vide, un appel au secours, une agitation pour se rassurer devant notre vide. C’est de la drogue, du sexe, du rock, du fun, etc… Ce n’est pas de la communication. Le monde n’est pas un village.
Nous sommes voisins. Nous ne sommes pas ensemble.

Par: Didier (09/11/2006)


A Marie – Joseph, le discours du Pape

La Foi et la Raison vont ensemble. Elles sont pour moi comme ma jambe gauche et ma jambe droite. Je peux marcher sur une patte et m’aider d’une béquille. Mais, marcher sur mes deux jambes est beaucoup plus sympathique, efficace et agréable. J’accepte les deux.
Ce sont deux rudes maîtresse. La Foi me force à vivre. La Raison me force brutalement à sortir de mon nombril. Elle me montre l’existence de quelque chose d’indépendant de ma personne. La Foi me fait toucher cet Autre. Dans les deux cas, c’est une découverte. C’est positif et brutal.
Le Pape a dérangé avec son discours. Il a provoqué le mensonge et la manipulation. Cela a même couté (au moins) une vie. Son discours est donc dans le sens de la Foi et de la Raison. Il a su unifier ces deux aspects de ma personne. J’attribue le drame aux blessures que les assassins de cette sœur vivent constamment. Ils ne pouvaient pas accepter d’être dérangés dans leurs certitudes. Elles sont donc horriblement fragiles quelles que soient leurs déclarations. L’Islam est fragile. Il est à un tournant très méchant.
Cette sœur est morte pour quelque chose.

Par: Didier (09/11/2006)


A Marie,

D’abord je vous souhaite la bienvenue. Je vous remercie de m’avoir fait bénéficier de vos pensées.
Vous connaissez bien la solitude. Vous connaissez sa douleur, ses sensations. Vous connaissez les murs que l’on élève autour de soi dans la solitude.
Vous connaissez aussi l’attention que l’on porte à tous les détails autour de soi et en soi lorsque l’on souffre de la solitude.
Vous connaissez aussi ce problème du pouvoir associé à la solitude. Ce pouvoir que l’on donne à l’extérieur de soi. Etre seul est vraiment attendre que l’autre fasse tout le travail en le lui compliquant.
Vous avez intensément cherché la réponse à votre solitude. Vous avez une très bonne idée. « Etre son propre flambeau. Etre la lumière du monde ». Je prends. Elle va me demander beaucoup de pratique et d’échecs, mais je prends. Je la crois juste.
Merci.

Par: Didier (09/11/2006)


A Michelle, l’enfer

C’est une très bonne description de l’enfer tel que je l’imagine. Refuser Dieu, refuser l’Autre est être en enfer. Pire, c’est moi, qui me mets en enfer. Mais c’est mon enfer.
C’est le lieu où je me sens tout puissant. C’est le lieu où je me réfugie car je m’y sens en sécurité. L’enfer est fascinant. En avoir peur est une marque de santé mentale.
Dieu ne résoud rien. Aucun problème de la vie n’est résolut par Dieu. Je dois tous me les coltiner. Certains sont insolubles, d’autres peuvent me détruire ou me pousser à mon autodestruction. Ils sont ma Croix.
J’ai d’un côté un lieu de sécurité illusoire avec un sentiment de toute puissance illusoire et de l’autre un paquet de problèmes dont je ne viendrais pas à bout et que je dois affronter.
Ça manque de confort tout ça.

Par: Didier (09/11/2006)


A Michelle, Dieu et notre incomplétude

OK pour Dieu, la Trinité et mon incomplétude. Ma compréhension de Dieu et de la Trinité me renvoie sans problèmes à mon incomplétude. Mon incomplétude me renvoie à Dieu.
L’idée de mon désir de toute puissance est aussi très claire. Cette idée du divin intérieur est excellente. J’apprends quelque chose et je la ressens. Merci de m’avertir du danger de rester dans ce désir. Il est suicidaire.
Pour le reste, je suis largué.

Par: Didier (09/11/2006)


A Michelle, Dieu comble
Je reconnais Dieu, Père Fils et Esprit. Je l’accepte comme présent, comme valeur, comme don, comme grâce et encore beaucoup d’autres choses que je ne connais pas. Cette histoire de Kénose doit en faire partie.

Par: Didier (09/11/2006)


A Michelle, la spiritualité orientale

La valeur de cette spiritualité est énorme. La paix qu’elle offre est une paix de l’instant présent, de la rencontre présente, de la sensation présente. Chacune de ces choses a de la valeur. Elles sont abandonnées sans hésitation ou regret. C’est un énorme entraînement à ne pas posséder. Il reste l’être en soi. C’est une bonne idée.
Son prix est la nécessité d’une société autoritaire très stricte pour tenir toutes ces personnes isolées ensemble dans un cadre rassurant d’ordres très durs. Sinon toute la société doit sauter dans un vide terrifiant. C’est un truc à devenir complètement fou. Les despotes, tyrans et autres peuvent se sentir comme des bienfaiteurs de cette société et seront reconnus comme tels. La peur est la règle. La réponse à cette peur est l’abandon de tout. Alors la peur n’a plus de prises.
Jésus Christ est contraire à la spiritualité orientale. Par amour, Il nie tout cela. Il rend le vide habité. Il fait durer les sentiments. Il force les individus à s’incarner devant Lui et devant eux et devant leurs proches. D’une rencontre à l’autre, ils transportent leurs actes et se retrouvent à les assumer. Ils transportent leur personne devant toutes les autres personnes. Les individus existent et deviennent des présences à tous les autres. Ce n’est pas bouddhiste tout cela.
J’ignorais que le désir de toute puissance est lié au paradis intra – utérin. Ironiquement, selon cette idée, la toute puissance est un désir féminin.

Par: Didier (09/11/2006)


A Michelle, « un jour viendra »
« Adorer Dieu en Esprit et en Vérité » me fait penser à une blague sur De Gaulle.
Pour couper court à un téléphone, l’un des aides de De Gaulle le voyant arriver dit rapidement : « Après tout, mort aux cons ». Le Général réagit par « Vaste programme. »
« Adorer Dieu en Esprit et en Vérité » est aussi un « vaste programme ». Il ne m’apparaît pas plus clair que celui de la mort des cons. Je sais juste qu’il est très positif. C’est une sensation, une intuition, une idée. Ce qui m’embête avec ce truc, c’est que je ne le comprends pas. Je ne peux donc rien faire avec. La réponse à ce problème a déjà été donnée par les clercs de l’Eglise. Ils me disent que Dieu vient m’éclairer sur la question. Je me suis ouvert au problème et lui vient immédiatement. C’est d’une logique et d’une rigueur parfaite. Je suis impressionné par la qualité et la finesse de cette réponse. Mon problème est mon doute radical sur l’amour. Cette fermeture et cette blessure bloquent cette réponse. Par conséquent, je ne peux pas faire grand-chose avec cette idée géniale « Adorer Dieu en Esprit et en Vérité ».

Par: Didier (09/11/2006)


A Michelle, l’oraison

Si je comprends bien, l’oraison est un moment de rencontre avec Dieu. C’est une « solitude avec Dieu ». Cette solitude n’a de valeur que si je peux aller l’esprit en paix vers l’Autre, mon prochain. Si cette condtion n’est pas remplie, l’oraison se vide de son sens. L’Autre est la porte vers Dieu. Sans Lui, je ne vais pas vers Dieu. Si je ne peux pas accepter l’Autre, je ne peux pas accepter les surprises de Dieu, ses surgissements que je n’ai pas prémédité.

Par: Didier (09/11/2006)


A Michelle, la communion

La communion se fait ici à peine avec moi et sans les hommes. Je ne suis pour rien dans cette affaire et les hommes n’y sont pour rien. Je dois rater quelque chose car cette vision de la communion m’épouvante. Je pense être totalement dépassé dans le mysticisme de la communion, de l’illumination intérieure, de l’inondation de son Esprit. Dommage.

Par: Didier (09/11/2006)


À Michelle, la communion bis.

Je crois comprendre que tout cela, tout ce qui a été dit plus haut se résume par « Je suis avec Toi ».
Dans la solitude, je suis avec Dieu (bonjour la Vérité, la Lucidité, l’humilité, etc…) En compagnie, « Je suis avec Toi ». Qui que tu soies, quelque soit ton origine, ta religion, ton sexe, la première chose est d’accepter d’être avec Toi. La deuxième est d’être avec Toi. La troisième, quand la vie nous sépare, de continuer à être avec Toi. C’est possible si je suis avec celui qui a répondu à Moïse : « Je suis celui qui suis. »
La communion, dans cette optique, devient le geste avec lequel j’affirme ma volonté de pratiquer le « Je suis avec Toi » et l’acte « d’être avec moi » de Dieu.
Pourquoi ai – je subitement envie de hurler « Au fou ! »

Par: Didier (09/11/2006)


Croire en l’amour, en la gratuité, tout cela est très difficile. À cela que dire… Un passage d’Évangile :
Le Christ : « … Voulez-vous partir vous aussi ? » et Pierre répond humblement (misérablement même… c’est bien, ainsi nous pouvons tous nous reconnaître en lui) « À qui irions-nous, Tu as les paroles de la Vie éternelle »… Et voilà, du fond de ma misère et de mon désespoir, j’ouvre alors une brèche où le Christ va pouvoir glisser ses paroles fécondes.
Prendre le risque de l’amour vrai et du don gratuit, « aimer comme Il nous a aimés », sans Lui, sans son appui, sans son regard qui m’interpelle, qui me rejoint, qui m’éclaire, c’est impossible.
Face à nos guerres, nos découragements, Il vient, dans le silence et dans sa parole, Il nous conseille, Il nous oriente…
…« Je suis la vigne, vous êtes les sarments »… « sans Moi, vous ne pouvez rien faire »…
Cela ne veut pas dire que je n’ai plus qu’à me reposer sur le Christ en attendant qu’Il gagne les victoires pour moi. Au contraire !
Et c’est à la portée de tous. C’est ce qui, à mon sens, prouve l’indépassable grandeur du message de Jésus, qui est exigent certes mais en même temps à la portée de tout un chacun !

Par: Foucault Michelle, le 14.11.2006


A Michelle, « Croire en l’amour, en la gratuité »

C’est vraiment difficile. C’est tout le problème que j’expose plus haut. Ce problème est suffisamment violent pour faire quitter le Christ. L’accusation d’un Dieu froid et distant, d’une Eglise absente sont dans ce problème. La fascination pour le bouddhisme est aussi ici. Cette absence d’amour, cet isolement, cette coupure, cette solitude sont des raisons d’apprécier le bouddhisme qui intègre la solitude, l’abandon et le vide. Il intègre cet absence, ce refus. C’est une très grande force. Comparativement Dieu est faible, absent, silencieux. Abandonner Dieu devient possible.
C’est très facile. C’est l’argument de la souffrance. « Il m’a laissé tomber, je le laisse tomber. Pourquoi se compliquer la vie avec un truc en plus qui est inutile. » Les belles paroles se vident dans la douleur. Rester avec Lui, c’est parce que rien d’autre n’est disponible. C’est la prison qui sort. C’est l’enfermement par la Religion. Des gens qui viennent avec un Dieu qui ne fait rien, qui n’apporte rien, qui complique la vie et qui en plus prétendent que c’est une amélioration sont des arrogants aggressifs, voire des idiots vaniteux et très agaçants. Toutes les accusations contre l’Eglise sont ici, dans ce problème. Tous les refus de la Religion que je connais sont dans cette situation.
Les paroles sont belles. Les effets sont nuls. Les problèmes sont grands. La réponse est inexistante. La Religion ne réponds pas à la question du monde avec sa complexité, ses contraintes, son désarroi, ses contradictions, ses horreurs, sa dureté, son vide. Je suis triste.

Par: Didier, le 15.11.2006


Cher Didier, nous sommes vraiment au cœur d’une blessure existentielle profonde, celle d’une rupture d’Alliance entre l’humain et le Sens, la Cause sans cause, le Désir ou le Cœur du Père !
Pendant 32 ans, j’ai cherché le fond ou fondement de tout.
En réponse à mes interrogations, j’ai fini par découvrir le Taoïsme et sa richesse qui m’a nourrie pendant un temps : …Tout avait une incidence sur tout… La nécessité au service de l’équilibre… La puissance d’une pensée positive… La relativité aussi… Notre capacité à changer notre regard et appréhension des choses… etc…
La psycho aussi m’a passionnée et m’a aidée à tenir et à trouver des réponses à pas mal de mes « pourquoi ».
Mais le fond, je ne l’avais pas atteint.
Et ce fond, « La Vérité » d’où la vie a jailli en somme, est venue à moi. C’était quelqu’un et c’était la Lumière. Difficilement explicable avec des mots. Et là, enfin, je n’ai pas chercher à résister, je ne me suis pas barricadée derrière ma méfiance qui était devenue une seconde nature, je me suis avancée à sa rencontre et je me suis donnée de le découvrir. Je me sentais libre comme jamais et c’est ce qui a été le déclanchement de la confiance.
À aucun moment cette liberté ne m’a été enlevée, au contraire, plus je me suis avancée vers le Christ, plus son regard sur moi me renvoyait à ma liberté, et surtout d’ailleurs, dans les durs moments ou dans les choix difficiles. Plus d’une fois je me suis écriée comme Pierre : « À qui irai-je » … « Tu es la Vérité », « Seul Toi peux répondre à mon attente la plus profonde ». Envers et contre tout, comme dit le psaume « un seul jour dans tes parvis vaut mieux que 10 000… ».
Je l’ai vécu souvent, le combat de Jacob, et je le vivrai encore. Parce que j’ai soif de comprendre en vérité… J’ai soif de lumière. Cependant, il faut parfois pas mal de patience et de ténacité avant de comprendre, avant de toucher le Sens, et toute notre vie n’y suffira pas, heureusement ! Mais je sais que Dieu est fidèle, la Vérité ne peut être autrement.

J’ai entendu une histoire très belle où un homme dans sa souffrance priait Dieu de lui venir en aide. Il marchait, marchait péniblement tout le long de sa vie, Dieu était avec lui. À un moment, se retournant il douta car il ne vit que ses pas sur le sol. En réalité, il découvrait les pas de Celui qui l’avait porté patiemment, avec amour, espérance et foi en lui. À méditer !

Par: Michelle Foucault, le 16.11.06


Cet écrit devait normalement se positionner avant:
« Croire en l’amour, en la gratuité, tout cela est très difficile. »
J’espère que cette fois ci, il s’inscrira dans le forum.

« Le vide peut être une page blanche ou le lieu d’une rencontre à naître, que je vais remplir de vie ou de presque rien, voir rien, si je reste superficiel(le).
Il y a aussi le vide « non sens » qui anéantit, c’est un lieu de mort effrayant effectivement. S’effrayer de la mort et du néant, c’est peut-être réagir avec notre sur-nature, notre cœur, qui vit pour un sens et pour créer, pour donner et recevoir, accueillir… Signe de profonde santé et de « clairvoyance » à coup sûr !
Notre monde semble être fait de nécessité. Et cette nécessité pèse aussi sur les hommes et rend l’amour conditionnel. La peur de disparaître et l’obligation de survie rend l’humain, au fur et à mesure qu’il prend de l’âge et des « claques », inhumain !
Je tue avant d’être tué(e), je dévore pour ne pas être dévoré, je domine pour ne pas être assujetti(e), je me méfie, je me bats pour subsister, c’est toute la loi de la nature, pour laquelle nous ne sommes pas faits en réalité… Dans ce cadre, l’amour est conditionnel, comment pourrait-il ne pas l’être !
La gratuité n’est pas du monde, elle est du Ciel. La gratuité est Révélation… Elle est un don de Dieu ! La désirer c’est lui ouvrir tout grand sa porte. Peu à peu elle emménage dans notre vie et la transforme. Patience !
La nudité = désastre positif… Excellent ! Cela me fait penser au Baptême par immersion pour signifier la mort à la vie mortelle pour la vie en Christ. C’est vrai que cela a un coût, le coût de ma vie jusque là, mais j’en témoigne ça vaut le coup !
« Adorer Dieu en Esprit et en Vérité » c’est l’aimer tel qu’Il est, pas seulement dans sa gloire mais aussi sur la croix. C’est Lui rester fidèle par amour, gratuitement dans la joie comme dans le malheur, c’est chercher son regard, sa lumière, sa chaleur, son cœur, et c’est l’accueillir… C’est témoigner que l’Amour est plus fort que tout, qu’Il ressuscite, qu’Il crée, et qu’un jour Il règnera totalement enfin !

Par: Michelle Foucault, le 16.11.06


À Didier,
L’expérience sans doute la plus fondamentale de l’athée est la solitude. Une solitude ressentie comme un isolement. Dieu, alors lui apparaît comme « froid et distant » et l’Église forcément absente, puisqu’elle parle de Dieu. Même si elle ne cesse de dire que Dieu est chaud (amour) et plus proche que je le suis de moi-même. Le bouddhisme alors peut correspondre à la situation existentielle de l’athée : s’en tirer tout seul. Le vide dont il parle a une analogie avec l’expérience existentielle du vide. L’expérience du vide est peut-être salutaire car le vide est insupportable. La nature a horreur du vide. Le vide peut mettre en route d’une manière très simple : chercher à s’en sortir et à sortir du vide et de la solitude. Et Jésus dit à ceux-là : « Qui cherche, trouve ». Car Dieu n’attend que cela pour se manifester. Celui qui se trouve au désert est dans les meilleures conditions pour trouver ce Dieu qui se penche sur le cœur blessé. Dieu ne peut passer à travers un cœur blindé. Il faut une faille. Un Dieu qui dérange n’est d’ailleurs pas si mal. Un Dieu qui ne supprime pas toujours la souffrance, c’est plus difficile à comprendre. Dieu donne le sens et, de cette façon, il supprime la souffrance la plus profonde. Mais il ne supprime pas tout ce qui se passe sur la terre, Jésus en a fait l’expérience. Mais uni à lui, la souffrance devient enfantement d’un monde meilleur, le craquement d’une éclosion. L’enfermement dans la Religion est possible, mais Dieu s’arrange pour que les constructions humaines s’effondrent. L’homme nu sur la Croix colle à Jésus. Etty Hillesum voyait dans les camps d’extermination que la vie était plus forte et Kübler-Ross que la joie planait étrangement sur la mort. Sans aller jusque-là, celui qui souffre et qui prie fait l’expérience qu’il n’est pas seul, qu’il est soutenu et que finalement il peut rendre grâce, car l’épreuve l’a enrichi. Cette connaissance est liée à l’expérience comme la fleur qui ne peut fleurir qu’au terme du processus vital. Dieu est la vie.

Par: P. Marie-Joseph, le 20.11.2006


À Michelle, la blessure existentielle

Je suis d’accord avec cette idée de la blessure existentielle. C’est une fêlure me traversant à la base. C’est un manque. La force du Taoïsme, du Bouddhisme et de la psychologie est que ces disciplines sont basées sur cette blessure. Cette blessure devient le centre de leur discours. Elle est assimilée, intégrée et transformée en centre de la vision du monde. De très grands penseurs et même des génies ont effectué cette opération. Je les salue respectueusement.
Ce qui me fait refuser d’embrasser complètement ces grandes idées sont les faits que j’existe, que le monde existe et que ce monde est plein d’humains. Ils sont là. Dans ce sens, je rends adoration à Dieu. Il est présent. Il me reconnaît. Il m’accepte. Il est celui qui est. Sa présence est reconnaissance de ma personne. Sa présence affirme mon existence. Pour une telle présence, il est concevable de soulever des montagnes. Hic.
Les montagnes sont en moi et autour de moi. Elles sont en moi. Je suis réticent à aller vers mon prochain. Je ressens face à lui indécision, peur, angoisse, malaise. Je le ressens imprévisible, violent, fermé, m’excluant. Un roman illustre ce point. Des personnages décrits commettent le meurtre, le mensonge, la dissimulation, la manipulation « pour la bonne cause ». Ce comportement est jugé désagréable mais nécessaire. Les personnages commettant ces horreurs sont incapables de dire pour quelles causes ils se battent. Ils sont incapables de savoir si ce qu’ils font a de la valeur. Ils le font pour rester des « professionnels ».
Ce professionnalisme est une montagne autour de moi. Il implique de manipuler, de combattre, d’écraser et d’exclure pour rester dans la course. C’est une forme atténuée par rapport au roman, mais il existe. Une autre montagne est la nécessité absolue de montrer son bonheur, sa joie de vivre, son engagement dans la lutte de tous contre tous. Il est obligatoire d’être heureux dans ce genre d’histoires. C’est possible. Les conditions sont « faire semblant », « ne pas trop réfléchir », « vivre dans l’instant présent », «s’acheter un mode de vie », « faire de l’argent », « se droguer, baiser, boire », « manipuler, mentir sans pitié », « décréter que sa vision est la seule possible ». Ce n’est pas exhaustif. Mais cela revient à trouver un abri en soi où je pourrais me sentir moi-même et à jouer un jeu face à mon prochain. Je dois instrumentaliser l’autre. Il devient mon outil. C’est une définition de l’amitié, voire de l’amour. C’est aussi de la perversion pratique.

Par: Didier, le 21.11.2006


À Michelle, la blessure existentielle bis
La publicité devient communication. L’instrumentalisation devient amitié. Le sentiment de toute puissance devient le moteur de la vie. L’argent devient la sanction de la réussite (par lui, avec lui et en lui). L’argent est la vie. C’est aussi le symbole du triomphe de la rationalité. Toutes les relations humaines deviennent mesurables par l’argent. Tout, absolument tout, a un prix. Les individus existent par l’argent qu’ils peuvent dépenser. Celui qui a de l’argent devient alors tout puissant. Il peut tout. Il peut aussi tout avoir tout de suite. Les vendeurs n’ont qu’à se débrouiller pour fournir ce que le possédant exige. Du coup le vendeur est flatté. Il est supposé pouvoir tout faire. Son sentiment de toute puissance va le motiver à accepter de faire n’importe quoi et va se sentir coupable s’il ne peut pas le faire. Ici non plus ce n’est pas exhaustif. Résoudre ce qui est décrit ici revient à comprendre le monde. C’est au – delà de mes moyens.
Dieu, là dedans, avec l’amour du prochain, l’état de pécheur, les limites, la réalité, l’existence d’une transcendance gène, agace, embarasse, bloque. Il est donc logiquement rejeté. Il est de trop. Réciproquement, croire en Dieu est invalidant. Croire en Dieu, c’est m’exclure du monde. Tout ce que j’ai dit plus haut est inadmissible si je crois en Dieu. Croire en Dieu, c’est m’incarner devant mon prochain et exiger de lui qu’il s’incarne devant moi. Il ne peut pas se permettre d’être évanescent, fusionnel, faux et flou. Involontairement, je le force à être devant moi. Je dérange et méchamment. Je deviens une menace. Je deviens un extrémiste religieux. Je deviens un nazi. Je suis exclu.
Je suis effrayé par mon prochain. J’effraie et je gêne mon prochain. Je suis exclu de la sphère du monde par nos sentiments réciproques. Dieu me mets hors du monde. Sans le monde, je suis hors de Dieu. Dieu me mets dans le monde. Le monde me mets hors de lui. Je tourne en rond. Je dois vivre. Je ne sais pas comment.

Par: Didier, le 21.11.2006


À Michelle, le vide (bis)

Le perdant n’a qu’à s’en prendre à lui-même. Il se sent coupable de perdre. Il est plus qu’humilié. Il est anéanti et honteux. Il est faillible. Un moyen d’éviter cette faillite est d’acheter. Actuellement, des vêtements ont beaucoup de succès car ils vendent un style de vie avec la marque. Acheter, car une belle voiture permet de cacher son échec personnel. Seule la voiture est visible. Seule la voiture compte.
Le gagnant n’a pas besoin de Dieu. Le perdant a une place pour Lui. Mais croire en Dieu est un comportement de « loser ». Il peut s’acheter une illusion de succès et se cacher derrière. Chaque publicité montre que le produit machin rend heureux, grand, fort, etc… La drogue permet d’oublier la perte. Le gagnant n’a besoin de personne. Il s’est fait tout seul. Le perdant a besoin des autres. Mais ces autres l’ont blessé et gravement. Comment pourrait – il aller vers eux ? Comment pourrait – il oublier sa douleur ? Comment guérir quand chaque regard sur le monde rappelle la douleur ? Il est plus facile de se perdre dans les illusions et l’autodestruction. J’ai passé par là. Je connais ce chemin.
J’ai trouvé en Dieu un appui et une force. J’ai trouvé en Dieu une présence et un guide. J’ai trouvé en Dieu une raison de vivre. Je me suis construit pas à pas (et pas tout seul). J’arrive à une certaine stabilité intérieure, à une certaine force face à la réalité. J’ai fait d’énormes progrès. J’ai alors regardé le monde et j’ai vu une contradiction entre Lui et le monde. Je ne sais pas du tout comment entrer dans le monde. Je ne sais pas comment y vivre. Je n’ai n’y envie de retourner à mon comportement de perdant, ni envie de payer le prix pour entrer dans le monde. Il comporte, entre autres, la nécessité de jeter Dieu. Je ne sais pas comment respecter ces deux conditions. Je suis en train d’essayer. Je ne suis pas du tout sûr d’y arriver.

Par: Didier, le 21.11.2006


À Michelle, le vide

Le vide existentiel que j’observe autour de moi est énorme. Il est aussi en moi. La façon moderne et actuelle de le combler est avec l’illusion de notre toute puissance et le mensonge du bonheur forcé. Le bonheur est devenu une « illusion nécessaire » selon Boris Cerulnik. C’est une affirmation qui va dans le sens que chaque sourire est un mensonge à soi-même et/ou aux autres. Cela rend la drogue admissible. C’est du bonheur en pastilles ou en injections ou en autre chose. Je remarque une disparition totale du problème de la drogue dans les journeaux, chez les politiques et toutes les discussions officielles. Des gens luttent pour sa libéralisation. Cela va aussi dans le sens que le seul bonheur possible est illusoire. Pour compenser cette perte, la toute puissance vient. À mes yeux, c’est une illusion. Mais elle permet de se croire capable de tout réussir, de tout apprendre, de tout faire. Toutes les voies sont alors ouvertes. C’est la liberté au sens de pouvoir tout faire.
Cela rend la jeunesse passionnante. Tout est possible. Cela rends aussi le succès et la grandeur obligatoires. Echouer, c’est rater complètement sa vie. Il est interdit de parler d’échec, de mort, de perdant, de maladie, de misère. En parler, c’est évoquer la possibilité d’en être. C’est se distraire du but obligatoire. C’est éveiller la terreur. L’angoisse est là. Elle est infinie. Elle est moteur pour le pire. Ecraser dans ces conditions paraît un moindre mal. Manipuler, jeter, humilier deviennent très vite des activités naturelles. Naturelles car la toute puissance est réservée au vainqueur et seulement au vainqueur. Il faut être un gagnant.

Par: Didier, le 21.11.2006


À Marie-Joseph,

Le bouddhisme est un athéisme. Il n’existe pas de dieu dans cette religion. Tout le monde y est appelé à devenir dieu. Leur grande force est d’accepter cette expérience très forte du vide intérieur et d’en avoir fait quelque chose d’utilisable et de pratique dans la vie de tous les jours. Je les admire pour cela. Je ne serai jamais bouddhiste. Ils ne reconnaissent jamais la personne devant eux. Elle est là. Je tourne la tête. Elle n’est plus là. Je regarde à nouveau devant moi. Elle est là. La personne à côté de moi n’existe que si je la vois. Un bouddhiste est seul. Son but est de devenir vide. C’est pire que seul. Ce vide lui permet d’accueillir tout ce qui vient. Ce vide lui permet de ne pas souffrir une seconde de plus que nécessaire. Il acceptera chaque douleur et la laissera partir à l’instant où elle diminue. Cela donne une très grande capacité à la supporter.
Dieu est là. Je tourne la tête. Il est encore là. Je m’enivre et ferme les yeux à cause de mon ivresse. Au réveil, j’ai la gueule de bois et Dieu devant moi. Je me retourne. Il est encore devant moi. Il fait un truc incroyable et mystérieux. Il m’accepte comme je suis. Ce n’est pas une présence terrifiante. C’est plus une personne digne de confiance qui est présente.
Il me dérange dans mes bassesses. Il me soutient dans mes faiblesses. Il m’habite dans ma douleur. Sa présence m’affirme dans mon existence. Sa présence me fait continuer. Ce n’est pas une obligation et pourtant c’est obligatoire. Il est aussi un rappel quand j’ai quelque chose à régler. Il donne à ma vie une longueur, une pérennité forte. A cause de Lui, je sais exister.
Ce qu’Il me fait, je dois le faire ou je Le perd. Ce qu’Il me fait ne peut m’arriver que si je le fais à d’autres. Comme c’est positif, je souhaite le faire.
Je vis un temps de décision, un temps de choix. Je vais vivre ou mourir. Je préfèrerais vivre. Mais je ne suis pas certain d’y arriver. C’est cette faille qui, je crois, me rends ouvert à la présence de Dieu. Dans un sens, cette faille est positive. Je comprends ces réactions incroyables de Kübler Ross et d’Etty Hillesum. C’est aussi un temps d’apprentissage, de découverte, d’évolution, de vie. J’irais même jusqu’à parler d’un temps de bonheur. Ce bonheur ne pourra vivre que si je trouve le moyen de vivre dans ce monde. Je ne suis pas sûr d’y arriver. Je suis en train d’essayer.

Par: Didier, le 21.11.2006


Cher Didier, un grand merci pour ton témoignage, j’ai envie de te dire: « ne nous lâche pas »… car tu n’es pas tout seul sur le sentier étroit qui nous mène vers le Royaume annoncé par le Christ qui est un « déjà là » et un « pas encore » à la fois. On y est nous aussi, et bien souvent, on y peine nous aussi. Et puis, la pierre qui porte ton nom, si tu ne la posais pas, pour je ne sais quelle raison ou désespoir, ça ferait un trou, toi seul peux la donner, non loin des nôtres d’ailleurs. Bien taillée, mal taillée, on s’en fout, on donne tout! On y va, avec ce qu’on est, avec le « talent » que Dieu nous offre pour le faire fructifier comme dans la parabole… Courage! À bientôt. Amitié.

Par: Michelle Foucault, le 27.11.06