L’oraison (du 26 mai 2009 au 17 janvier 2010)

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« L’Atelier de l’oraison » est lancé en l’église St-Pierre-de-Clages tous les 2e dimanches du mois, de 20h à 21h30 (sauf en juillet). Qu’est-ce-que l’oraison ? Pourquoi l’oraison… ? Partager et questionner nos différentes approches ou expériences spirituelles en la matière, tel est le thème de notre nouveau Forum ! À vous…

Par: Marie-Joseph & Michelle, le 26.5.2009


Comment et pourquoi faire oraison? En réalité, c’est compliqué. Parce que m’adresser, m’unir à Dieu comme une amoureuse à son amoureux ne peut se faire que si l’amour est désiré de part et d’autre. Et qui me dit que Dieu veut que je fasse oraison? Il me semble que ce serait plutôt lui qui pourrait ouvrir une brèche à mon cœur, s’il veut – ou si ça lui fait plaisir – que je l’aime.

Par: Andrée, le 27.5.09


Je ne sais si l’Invité Invisible sera présent à l’Oraison (absence pour inexistence?). Et je ne sais si, si le merveilleux mystère était, je saurais le reconnaître, l’éprouver. Tant d’inconnues donc et de possibles frustrations à l’expérience proposée. Cependant m’assoir au milieu de fidèles en quête d’amour, de pureté, de connaissance ou de rédemption, je sais que cela me fera du bien. Ce partage et cet élan commun sont parfois un baume si doux à mon être que je veux bien m’y retrouver et, peut-être, tenter de déceler finalement un fragment de lumière et de paix en cette existence souvent si insensée. Merci Marie-Joseph pour cette voie que tu dessines et propose avec foi et disponibilité.

Par: Laetitia, le 30.05.09


À Andrée :
Petite parenthèse pour éviter certaines confusions : Faire oraison n’est pas « m’unir à Dieu comme une amoureuse à son amoureux ». C’est tout autre, et totalement asexué, bien que cela puisse donner parfois de grands vertiges savoureux. C’est la raison pour laquelle on trouve parfois, dans certains écrits, ce genre de métaphore. Cela dit l’oraison peut être aussi tout le contraire, totalement « sèche » ! Cette relation se situe au niveau des Personnes. Et la notion de « Personne » est au-dessus des notions « d’homme » et de « femme ».
L’homme ne peut, dans sa réalité profonde, se passer de Dieu, son plus proche prochain, comme il ne peut se passer du prochain. Cela dit, l’amour de Dieu ne remplace pas l’amour des autres ou de l’autre. Par contre, Il le « justifie » ! En ce sens qu’il y entraîne un « ajustement », ou bien encore, Il apporte « une justesse » qui va progressivement s’établir entre soi et le monde, grâce à Lui, par Lui, par la Grâce de son Esprit. Toutes les relations prennent alors, leur chaste place, propre et personnelle, sans déborder, sans empiéter sur d’autres. Voilà un des fruits d’amour bienheureux qu’apporte l’amour vécu en et par Dieu.
Prendre un moment pour « Faire oraison » va devenir un moment central, privilégié pour soi et pour Dieu ! Centré(e) en toute conscience sur Lui, l’Ami par excellence, on savoure alors, tout en finesse, sa présence. Devant Lui tout ce qui préoccupe l’esprit, et plus encore, toute vie, est déposée. Chacun, chacune donne tout, comme Lui a déjà tout donné de sa Vie et de sa mort jusqu’au sang pour chacun d’entre nous… Et comme Il est Vivant, Il se donne sans cesse encore et encore…
Grâce à ces moments ou rencontres privilégiés, se transforme doucement alors chaque vie, en oraison, en prière permanente. Peu à peu, il n’est plus un geste, une pensée, un labeur, une souffrance, une joie qui ne soient vécus hors de son Esprit, donnant à chaque chose sa juste et précieuse mesure, grande ou petite, son sens aussi !
Nul n’est besoin de dire, après cela, à quel point ce Dieu Personnel affectionne toujours cette proximité avec sa créature chérie !
Très heureuse Pentecôte ruisselante de lumières !

Par: Michelle, le 31.5.09


Andrée, tu poses une bonne question. L’oraison se fonde sur cette certitude de foi: Dieu m’aime ici et maintenant. En outre, c’est lui qui a l’initiative. Comment s’élever jusqu’à lui, s’il ne se penche vers moi? La Pentecôte est la réponse de Dieu à l’homme qui désire aimer et être aimé. «L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint et c’est pourquoi l’espérance ne déçoit pas», écrit si justement saint Paul (Rm 5,5).
Laetitia, tu as raison de t’appuyer sur une expérience de communion autour des plus hautes aspirations humaines. Comment être sûrs de l’expérience spirituelle si elle ne pouvait être confirmée par d’autres? C’est l’expérience du matin de Pâques: «C’est vrai, disent les disciples aux pèlerins d’Emmaüs, Jésus ressuscité est apparu aussi à nous tous». L’expérience spirituelle ne saurait être purement subjective, mais elle se vérifie dans une expérience de communion non seulement à l’intérieur d’un groupe, mais en référence aux plus hautes aspirations humaines. L’expérience spirituelle authentique se caractérise par une élévation de la dignité humaine et une plus profonde communion interpersonnelle.

Par: Marie-Joseph, le 2.06.09


À Laetitia :
Quelle extraordinaire ouverture qui me touche au plus profond!
Fort heureusement, cette belle ouverture ne se trouve pas happée par diverses courants qui proposent eux aussi, méditation ou prière collective dans le silence, qui parlent aussi d’amour, de pureté, de connaissance et rédemption de toutes sortes… Il y a tant de courants qui sont loin du Christ, de Celui qui s’est Lui-même nommé «le chemin, la vérité et la vie», de Celui qui se trouve de plus en plus inaccessible via notre actuel soucis de véracité scientifique qui demeure néanmoins tout à notre honneur.
«Tenter de déceler un fragment de lumière» : Oh merveille ! comme c’est beau ! cela fait résonner en moi, l’insatiable soif qui m’habitait jusqu’à ce que je rencontre dans un «moment en fracture», ce «fragment de Lumière » en Personne, que je ressentis et reçus avec tout mon être comme la Cause sans cause, la Vérité de toutes les vérités… C’était en 91 !
Au début de son Évangile, Jean nous dit «qu’au commencement était la Parole (ou le Verbe), qu’elle était avec Dieu, et qu’elle était Dieu, que toutes choses ont été faites par elle, qu’en elle était la vie et que cette vie était la Lumière des hommes». Il dit ensuite «que la Lumière luit dans les ténèbres mais que les ténèbres ne l’ont point reçue»! Il dit encore que «cette Lumière est la véritable»… Il dit aussi que «la loi fut donnée par Moïse, mais que la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ»!
Je te souhaite à toi et ta famille, Laetitia, de faire à votre manière, et selon vos sens, cette rencontre lumineuse qui ancre sur le Roc, sur du fiable, du solide, qui se confirme et nous confirme au fur et à mesure que l’on chemine avec Lui, qui est la Lumière venue dans le monde, et qui a dit à ses apôtres, en conclusion dans l’Évangile de Matthieu : «Et moi, je suis avec vous jusqu’à la fin du monde».

Par: Michelle, le 10.06.09


Puisque le 19 juin commence l’année sacerdotale demandée par Benoît XVI en l’honneur du Curé d’Ars, je vais répéter au moins une fois par jour ce qu’avait répondu le paysan à Jean-Marie Vianney à propos d’une question sur ses longues oraisons: « Je l’avise et Il m’avise » « Il est là, je suis là ».
Petit à petit, je pense, j’arriverai à faire oraison. Pourvu que je devienne de plus en plus humble, confiante, patiente et persévérante.

Par: Josette, le 10.06.2009


Une suite à la réponse de Marie-Joseph :
« Dieu m’aime ici et maintenant ». je voudrais ajouter « Dieu Aime » … de toujours à toujours… Son Amour est un grand « OUI » tout ouvert à toutes vies, dont Il est l’initiateur, le Créateur et le «Support».
Et c’est bien là que surgit une difficulté de taille pour l’humanité douée de réflexion, d’analyse, de créativité, de prière et d’oraison. Car cet Amour, ce «Oui» de Dieu, qui porte et supporte tout, devient comme un miroir parfaitement lisse, ou comme le parfait écho d’une vérité presque insupportable. Il me renvoie à tout ce qui me défigure et tout ce que je défigure, à tout ce qui me détruit et tout ce que je détruis!
Inévitablement, dans l’oraison véritable, je rencontre un Dieu qui est la Lumière, qui me console et que je peux consoler, car Il est aussi Celui que je et que nous martyrisons encore partout dans le monde! Dieu n’avait pas «besoin» de souffrir pour ressusciter, la Transfiguration en est la preuve. Mais Il ne veut pas faire l’impasse de la réalité de notre exil insensé. C’est à la fois extraordinaire, magnifique mais on peut comprendre que ce soit aussi «haïssable», culpabilisant et insupportable…
Dans le judéo-christianisme, à l’inverse des autres religions, c’est Dieu qui prend l’initiative de se pencher ou de venir vers sa créature. Dans l’oraison véritable, nul doute qu’un jour ou l’autre, Il se dévoile atrocement défiguré et vulnérable face à notre libre responsabilité! Elle n’est donc pas sans conséquence existentielle surprenante et marquante, bien différente, en fait, de toutes les expériences et techniques pseudo-spirituelles, de relaxation ou de bien-être, auxquelles elle se trouve, trop souvent associée.
Quant à «l’expérience spirituelle authentique», elle se vérifie, pour ma part, fondamentalement, en une soif, un désir de vérité de plus en plus évident et courageux, quel qu’en soit le prix. Je confirme aussi qu’elle se vérifie par la communion ou relation interpersonnelle, qui s’approfondit en s’affinant dans la justesse et la clarté, contrairement aux «amitiés», ou «liants» confus et fusionnels qui rassurent, mais qui sont aux antipodes de la véritable communion, selon une expérience spirituelle chrétienne authentique.

Par: Michelle, le 11.06.2009


Y a-t-il qu’une seule façon de faire oraison? N’y a-t-il qu’une voie, qu’une façon de dire le sacré, de tenter de formuler une vérité qui nous dépasse et donc échappera en partie toujours à toute expression, toute traduction… quelle que soit la langue c’est-à-dire quelle que soit la tradition de pensée qui s’y emploie? Si les hérésies existent n’ont-elles pas en commun le replis sur leurs propres dogmes et pratiques? L’ouverture et la connaissance d’autres traditions, philosophies voire religions, ne sont-elles garantes d’un cheminement si ce n’est droit, du moins pur? Tels les sentiers qui montent vers le sommet, je pense qu’il existe plusieurs chemins pour aller explorer et tenter de découvrir la Vérité. Plus ou moins abruptes ou ardus, plus ou moins sinueux et lents, ils sont plus ou moins praticables selon le promeneur,ses expériences, antécédents et état de santé. Si des chemins ne vont nulle part (hérésies) et exercent une dramatique attraction envers les plus démunis (pas matériellement parlant mais socialement et psychologiquement parlant), j’aime cependant l’idée d’en explorer d’autres, sains et constructifs, avec des compagnons de voyage qui pourront m’apprendre, me montrer, du moins pendant quelques étapes, sans exclusivité.
Mais peut-être est-ce que je me disperse? Dans tous les cas je me réjouis de me retrouver à la prochaine oraison à St Pierre de Clage et de vivre ce partage, cette rencontre avec vous. Amitiés à tous.

Par: Laetitia, le 12.06.2009


À Laetitia
L’Oraison à laquelle Marie-Joseph convie est la communication avec Dieu, sans l’entremise particulière de formules de prières (Il faut savoir que l’oraison était suspectée du temps de Thérèse d’Avila! C’est pourquoi, pour vivre librement son appel à l’oraison, elle dut avec ses sœurs, s’enfermer derrière des murs de couvent).
On parle de «faire oraison» et aussi «d’ états d’oraison». Mais dans le sens non pas «de saisir» mais de «se laisser saisir, toucher, aborder» plus en conscience, par le Christ. Ce Dieu, dont la Sainte Folie n’a pas craint et même désiré d’un grand désir, se faire l’un des nôtres.
L’oraison peut donc, tout au long de nos itinéraires de vie, prendre bien des formes, et dans des conditions parfois surprenantes. Un exemple : je suis à une tâche toute ordinaire… et me voilà, pendant un instant, happé(e) en deça de mes gestes et pensées de surface, par une visite: «Il est là», plus présent à mon for intérieur que moi-même.
C’est en fait, plus qu’un sentiment, et plus qu’un état, car c’est l’expérience d’une présence! C’est là qu’est la différence très originale, d’avec toutes les diverses appréhensions spirituelles fort intéressantes, mais pas fondamentales, comme cette expérience-là, à mon sens.
Et puis, il y a les fruits dans cet itinéraire judéo-chrétien quand il est épuré et vraiment vécu : la digne notion de «personne», la digne notion de «liberté» qui engage la responsabilité, qui que nous soyons… Puis, il y a ce Dieu qui s’annonce aimant et «par-donnant», ouvrant notre foi, notre confiance à une espérance toujours possible par le pardon (combien de fous à lier ont été guéris par ce pardon et ce Regard sur l’homme!) … C’est dingue! On ne trouve ça nulle part ailleurs (j’ai cherché en dehors de Lui à cause du «Pourquoi de la vie», finalement, j’étais restée athée).
Ça n’est pas par orgueil que le Christ ose dire : «…sans moi vous ne pouvez rien faire…», Lui l’humilité en Personne.
L’ouverture est une chose enrichissante, et les quêtes de sens de l’homme, partout sur la terre, émouvantes et stimulantes. La communication avec le monde est à exhorter. Et comme j’aimerais que de grands Débats soient lancés sur le «Sens»! Afin de permettre les chemins du «toujours possible» car il en est tant qui se transforment en impasses, dans les hôpitaux, quand il y en a, et ailleurs! N’oublions pas que nous sommes privilégiés, et curieusement, dans des pays de culture judéo-chrétienne!

Par: Michelle, le 13.06.2009


« Viens Esprit Saint » sont trois mots ahurissants. Avec ces trois mots, je dis que l’Esprit Saint existe, qu’Il est présent et que je prends l’initiative de m’ouvrir à Lui.
Lui, Il est là, présent et, chose que je trouve inouïe, disponible, prêt, ouvert. Quand j’écris ces mots, je me rends compte de leur vérité. Quand j’écris ces mots, je me rends compte que Dieu est présent. Il m’aime. Pas pour mes mérites, pas parce que je l’ai acheté par mes bonnes actions. J’ignore pourquoi Il m’aime. Mais c’est un fait.
Si durant l’Oraison, Il n’est pas là, c’est que je lui ferme la porte. Cela m’est arrivé. Alors j’essaie encore. Ce n’est pas Sa porte que je force. C’est la mienne.
Je m’occupe de maintenir la porte ouverte. Lui, il fait le reste. Donc, je fais oraison. C’est un acte.
Dans le reste, je trouve une présence. Je trouve une rencontre. Je trouve une façon d’approcher mon prochain. Je trouve une façon de considérer la réalité. Je trouve même une façon d’agir. Cette présence me jette dans le monde.
Cette présence me construit, me révèle à moi-même, me donne de la vie et de la force. Ce sont des dons qu’Elle me fait. Ma grandeur est de pouvoir les recevoir. Ils ne sont pas des conquêtes. Ils ne sont pas des acquis définitifs. Ils sont comme cette Présence. Si je leur tourne le dos, je les perds. C’est possible. Je ne les garde pas. Ils ne sont pas à moi. Ils sont comme un ami. Sa présence me fait agir ou vivre d’une manière différente que lorsque je suis seul. Il me donne ces actes différents et c’est moi le responsable de ces actes.
L’oraison en devient la prise de conscience de cette Présence amicale.

Par: Didier, le 25.06.2009


Nous allons clôturer ce forum et sommes heureux de le faire sur le témoignage magnifique de Didier.
L’Atelier de l’Oraison se poursuit tous les 2e dimanche du mois à St-Pierre-de-Clages.
Puissions-nous devenir « Oraison » par chacune de nos vies. Qu’elle s’inscrive de plus en plus dans la proximité avec le plus proche et grand Ami du cœur de chacun et de chacune, Ami « qui conduit nos pas au chemin de la Paix » (Cantique de Zacharie – Lc 1), qui donne son Sens le plus élevé et le plus élémentaire à l’univers ! l’Emmanuel !

Par: Michelle Foucault, le 17.01.2010