La dimension spirituelle du printemps arabe (du 30 janvier au 31 mars 2011)

Retour au Journal


Les événements en Afrique du Nord sont d’une portée historique. C’est l’aspiration d’un peuple immense à la liberté, à la démocratie, aux droits de l’homme, à la dignité. L’Evangile des Béatitudes de ce dimanche 30 janvier épouse les aspirations de ces peuples. Dieu n’est-il pas à l’origine de ces aspirations qu’il a mises dans le coeur de chacun ?

Par: Koïnonia, le 30.1.2011


Je redoute une tragique évolution. Les masses populaires de ces pays peuvent être facilement manipulées pour identifier l’attitude et le mode de vie de leurs (lamentables) gouvernants à la « normalité » de notre monde occidental. Dans ce cas-là, il y a risque que les améliorations sociales s’accompagnent d’un grave intégrisme diabolisant tout relent chrétien ou « occidental ».
Prions pour que les leaders soient modérés et de véritables artisans de paix.

Par: Catzeflis Etienne , le 06.02.2011


Je pense au contraire que les témoignages recueillis en Tunisie ou sur la place de la Libération au Caire, montrent que la population a les mêmes aspirations que partout dans le monde. Et le grand tournant, c’est qu’elle veut être entendue et non plus menée par des dictateurs. Chrétiens et musulmans ne veulent plus être instrumentalisés dans les pays arabes par le pouvoir politique. Des chrétiens et des musulmans ont fraternisé sur la place Tahrir où même une messe a été célébrée. Quand la liberté religieuse sera enfin appliquée dans les pays arabes, l’Évangile pourra y refleurir comme répondant bien mieux aux aspirations des peuples que les mirages occidentaux ou islamiste.

Par: Marie-Joseph Huguenin, le 7.2.2011


Certes l’Afrique du Nord et particulièrement les jeunes, en lien avec le monde occidental, se révolte. Pour l’heure, c’est la jubilation de « l’être ensemble »… Mais comme ils ne peuvent espérer en des gouvernants démocrates, que l’Occident aurait pu soutenir, voire protéger par l’exil politique; l’après révolution, risque fort de se transformer en l’obligation d’un pouvoir de fer, du fait de la désorganisation. Les révolutions ont toujours été suivies de dictatures, non pas qu’elles le cherchent, bien entendu, mais parce leur succède toujours le désordre! Qu’un gouvernement de personnalités humanistes, et il en faut beaucoup, puisse prendre le pouvoir serait l’idéal, mais je crains que ce ne soit pas dans les prévisions. Sur ce chemin, en Occident, nous reculons nous aussi, bien que nous devancions tous ces pauvres pays. Les projets « d’une grande classe moyenne et plus de pauvres », nécessite un contrôle et une redistribution des richesses, éclairés! Et même la crise financière de 2008 n’a pas servi de leçon et se rejoue encore… Il y a des humains qui aiment faire les apprentis sorciers. Aurons-nous assez de compétences à mettre en face de leurs manigances, pour les empêcher de continuer de nuire, et pour reconstruire une économie saine et juste? Un challenge qui appelle à la prière et à de nombreuses manches retroussées un peu partout!

Par: Michelle Foucault, le 13.2.2011


Pour moi, ce qui se passe en Tunisie et au Caire a une signification encore plus profonde que la chute du mur de Berlin. Dans des pays de culture islamique, la foule demande la liberté et la démocratie pour que le peuple puisse prendre en main la destinée de son pays. L’armée en Égypte suit le mouvement en donnant des garanties claires. Elle s’est engagée samedi à assurer une « transition pacifique » vers un « pouvoir civil élu en vue de construire un État démocratique libre ». Devant un dictateur qui prétendait être un rempart face aux islamistes, la foule lui répond qu’elle veut tout autre chose. Elle a vaincu la peur, et la population a montré qu’elle était plus forte que les dictateurs. C’est une leçon historique d’une immense portée. C’est aussi constater, en quelque sorte, cette parole essentielle de Jésus : « Vous n’avez qu’un seul Père et vous êtes tous frères ». Le cœur de ces gens courageux a montré que nous étions un village global et que la mise en réseau grâce à Facebook, notamment, a eu raison de l’isolement et de la peur. Et le mouvement continue dans les autres pays arabes. Soutenons-les par une chaîne de prière.

Par: Marie-Joseph, le 13.2.2011


Je suis comme d’habitude très bavard. Pour preuve, ma première réaction est à l’adresse http://pulse.yahoo.com/_4ZLAZQE7G5TV6DBJFTWBFT2I3I/blog/articles/23914?listPage=index&bb=0.
Pour faire court, je dirais que c’est une vision très occidentale du monde qui s’effondre. C’est la vision d’une liberté permettant absolument tout, tout seul. Elle nous a donné les totalitarismes et les dictatures dans ces pays. Ces gens ont agi ensemble sur la base d’une aspiration positive. Elle ne peut plus être détruite. Même récupérée, disqualifiée, vilipendée, elle nous hantera pour le restant de nos jours. Nous allons devoir recommencer à nous regarder les uns les autres.
Dans cette opération, prier, ça aide.

Par: Didier, le 14.02.2011


Je rejoins Didier dans cette expérience très profonde : ma vision du monde arabe a changé. Et je retrouve ces gens comme des frères aux mêmes aspirations que nous. Surtout cette aspiration essentielle à la liberté et à la responsabilité. Vaincre la peur est aussi une grande leçon. Notamment vaincre la peur en sortant de l’isolement pour se mettre en réseau. Le réseau de l’espoir. Il y a quelque chose de transcendant dans le fait d’une réussite assez inattendue. Les pouvoirs en Algérie et en Iran n’hésitent pas à user de la force contre un peuple pacifique. Mais les aspirations profondes d’un peuple qui peut finalement les étouffer ? C’est une question de temps. Le temps du salut, le temps du mûrissement dans la prière, dans l’émergence d’une vérité profonde cachée en tout homme.

Par: Marie-Joseph, le 17.2.2011


À mon sens, en Afrique du Nord, comme en Afrique Noire, en Asie, en Amérique du Sud ou dans les pays dits développés, les hommes ont en commun «d’être des hommes». Et tous désirent vivre dignement, effectivement.
En tant que promoteur de Koïnonia, je voudrais apporter une rectification concernant «facebook» qui a été cité dernièrement. De jeunes arabes ont remercié Bill Gates pour ce site. Mais Bill Gates n’en est pas le créateur. Il est, par contre, à l’origine de la démocratisation du Net. Notons que l’outil informatique a ses bons et ses mauvais côtés. C’est un outil formidable qui permet une circulation d’info et d’échanges d’idées, remarquablement rapide et facile, là où la distance géographique demeurait un obstacle. À côté de cela le Net est un monde virtuel, où la tentation de mentir peut créer de l’illusion et paradoxalement, de l’isolement. Je ferme la parenthèse. Revenons à facebook. Il faut savoir que ce site se saisit et garde à vie toutes les photos et écrits de ses adhérents, contrairement à d’autres qui s’engagent à les faire disparaître de leur mémoire au bout de 6 mois, 1 an ; facebook a été l’objet de plusieurs procès. Et cette rétention d’informations est en effet une forme de dictature inadmissible. D’accord pour des mises en réseau autour de sujets, de projets, mais dans le respect de la vie privée des personnes.
Pour revenir sur le sujet du Forum, toutes les révolutions se sont terminées par une prise de pouvoir très autoritaire à cause du désordre qu’elles avaient occasionné. Et donc ou bien les pays concernés vivent un «mai 68» avec une petite chance d’accéder à un peu plus de démocratie (mais nous ne sommes plus en 68, qui ne connaissait pas le chômage, et nous subissons les effets d’une crise financière mondiale totalement immorale!…) ou bien ils vivent de véritables révolutions, et le chaos engendré en appellera à une main de fer, comme cela s’est toujours produit malheureusement.
Je suis triste pour toutes les familles endeuillées, les enfants, les personnes fragiles, la misère, là-bas et ailleurs, en Côte d’Ivoire, par exemple, dont on ne parle plus. J’espère que dans les villages, les hameaux, les quartiers, les gens vont chercher et pouvoir s’organiser et se développer indépendamment des puissances politiques, construire en comptant sur de la fiabilité et de la confiance interpersonnelles. J’espère aussi, qu’en Occident, nous permettrons le développement de communautés d’humanistes nombreux et complémentaires qui se seront préparés pour le service de leur pays étranglé par des dictateurs, afin de pouvoir intervenir en revenant chez eux, lors de renversement politique, avec l’appui et en lien avec les pays libres.

Par: Michelle Foucault, le 22.2.2011


Je pense que si ces gens s’organisent de façon interpersonnelle, hors des circuits et des relations purement économiques, ils vont devenir invisibles à nous et à nos élites. Ils ont donc leur chance. Est-ce que cela suffira ? Je l’ignore.

Par: Didier, le 23.2.2011


Plusieurs commentateurs dans les médias font cette généralisation « toutes les révolutions ont engendré un retour à la dictature ». Une approche rigoureuse, à mon avis, doit s’interdire ce type de généralisation, qui, en l’occurrence, condamne l’espérance de ces peuples. Pour moi, ce qui est transcendant dans la révolte des peuples en Tunisie et en Égypte, c’est la volonté populaire explicite de prendre en main les destinées de leur pays et donc de refuser la dictature. Je pense que l’exemple de Khomeini a fait son chemin dans les pays arabes : ils ne croient plus en des leaders soi-disant charismatiques. Et c’est pourquoi, ils veulent la démocratie, non pas comme un idéal, mais comme un système politique qui garantit le droit des peuples, notamment à la liberté d’expression et à la responsabilité partagée. Et il faut savoir que des intellectuels en exil ont préparé l’avènement de la démocratie dans ces pays et qu’il y a une élite capable de mener à bien cette aspiration. Quant aux réseaux sociaux, ils ont fait leurs preuves, malgré leur déficience. Certains ont aussi souligné que par internet, nous nous acheminons vers une société plus transparente qui fait finalement échec aux opacités des pouvoirs corrompus. Il y a de quoi partager la joie et les espoirs des peuples libérés en Tunisie et Égypte !

Par: Marie-Joseph, le 23.2.2011


Bonjour, c’est un petit peu hors sujet dans le sujet… Mais parce que bien des personnes parlent du mouvement actuel en Afrique du Nord. Je remarque beaucoup de compassion pour ces personnes en conflit, ce qui est une réaction humaine dictée par notre propre cœur d’être de la Création. J’entends souvent également la contre partie de notre chance à tous de vivre dans nos pays démocratisés et chanceux. Ce matin, je me suis vraiment posé la question de savoir si je suis bel et bien un homme touché par la compassion ; ou plutôt heurté de plein fouet par le fracas des médias. J’ai également remarqué mon attendrissement immédiat pour mon prochain quand il souffre plus que moi ; avec mes propres repaires et jugements. J’ai eu envie ce matin de connaître, de découvrir un nouvel état d’âme ; celui de trouver de la compassion pour les êtres qui me sont déjà proches ; qui souffrent peut-être en silence ; dont la douleur peut me paraître insignifiante. Ce matin, je me suis éveillé avec un cœur qui s’ouvre à une autre information, celle de notre univers proche. Nous avons tous à faire notre propre révolution.
Portez-vous bien tous et désolé pour cette réflexion hors sujet.

Par: Reynald, le 25.2.2011


Concernant les effets qu’opèrent les révolutions, je me base sur les faits, l’expérience, l’histoire, avec rigueur et réalisme. Les révolutions génèrent le désordre, le désordre génère la prolifération des règlements de comptes, des mafias, de «l’ombre» et des «loups», des luttes de pouvoir pour occuper celui qui a été renversé… Qu’on me cite une révolution qui ne s’est pas conclue par une prise de pouvoir autoritaire, dictatoriale, militaire! Au cœur de la violence et des meurtres, les endurcis abandonnant tout scrupule, sortent gagnants de la mêlée. C’est «la loi du plus fort». Plus l’âpreté à survivre et à dominer se déploie, moins elle est contrôlable! Et «Les fils des ténèbres sont bien plus habiles que les fils de la lumière».
Si «des intellectuels en exil ont préparé l’avènement de la démocratie dans ces pays et qu’il y a une élite capable de mener à bien cette aspiration», si avec l’appui et la protection de pays démocratiques influents, ces personnes, cherchant à se connaître ou se connaissant, ont le désir d’œuvrer ensemble au service du bien commun, si elles ne se déchirent pas entre elles le pouvoir, qu’elles ne sont pas seulement intellectuelles mais aussi des personnes de terrain, pour faire aboutir la démocratie, concrètement jusqu’en bout de chaîne, on peut espérer une issue de reconstruction plus juste, sur les décombres. Cela fait beaucoup de «si…», mais ils sont porteurs de «possible». Je le pense aussi. Par contre, une révolution n’est pas une affaire joyeuse, c’est une guerre civile qui malheureusement sert toujours plus de durs stratèges, comme si la violence et le meurtre en appelaient au pouvoir des violents qui n’hésitent pas à tuer ou sacrifier. Et ce n’est pas la corruption qui fait sortir les gens dans la rue, c’est la faim, le chômage, la misère, la souffrance, la pauvreté, le désespoir, l’envie aussi. Qu’un pouvoir corrompu donne au peuple de quoi bien vivre, n’y aurait-il pas fort à croire que peu de gens risqueront leur vie pour le combattre? Dans ces moments terribles, «L’être ensemble nombreux» rassure, suscite la jubilation comme une décompression face aux peurs et au mal-être.
Les réseaux ont leur utilité informative massive et rapide, mais n’oublions pas qu’ils sont dictatoriaux, lorsqu’ils s’emparent de la vie des personnes, comme facebook, et qu’ils peuvent aussi faire circuler le mensonge et le doute. Ils n’apportent donc pas plus de transparence, ils peuvent prévenir massivement lorsqu’ils ont l’info, c’est tout.
J’ajouterai que je veux rester proche des êtres qui luttent contre l’injustice. Depuis mon humble place, j’essaie de la combattre aussi. Je ne crois pas au «Grand Soir!» il est pour moi comme l’arbre qui fait beaucoup de bruit en tombant, alors que la forêt pousse silencieusement. Elle est bien plus collégiale, efficace et pérenne, dommage qu’on s’y trompe!

Par: Michelle Foucault, le 25.2.2011


Il me semble aussi avec Reynald que la compassion passe d’abord par le plus proche. La compassion, c’est cette qualité de vibrer au drame de l’autre. Je vois la miséricorde comme ce qui prolonge la compassion par l’engagement à venir en aide. Mais ce qui me frappe aujourd’hui, c’est que les médias, malgré toutes leurs déficiences dont il faut être conscient, éveillent une nouvelle conscience de proximité. La terre est devenue ce village où tous sont dépendants et appelés à être solidaires. C’est une chance pour une vie spirituelle plus intense, plus consciente, tant il est vrai que la prière rejoint le cœur de l’autre et traverse les cieux !

Par: Marie-Joseph, le 25.2.2011


J’ai pu voir un discours ramenant ces événements à des problèmes économiques. Je les prends comme des tentatives de « remettre dans la boîte » ces révolutions, comme une tentative de nier le côté démocratique de ces événements, une tentative de soutenir qu’il n’est pas de démocratie hors de l’économie de marché. Ce qui coince, c’est que le FMI avait salué la progression de l’Égypte et la Tunisie vers plus de marché. Leurs peuples ont répondu.

Par: Didier, le 25.2.2011


La technologie au service de l’information, du dialogue, des échanges est aussi à mon sens, un atout au service de l’espoir. L’espoir de trouver de dignes chemins de vie partout sur la planète, car le Net permet de rapprocher les gens, particulièrement ceux qui n’auraient jamais pu se rencontrer, les cultures, et surtout les idées. Puissent les hommes de toutes races, dépasser leurs peurs, en cultivant la fraternité, plutôt que de chercher le pouvoir et l’enrichissement sur les autres, pour se protéger soi-même. En tant qu’hommes, nous ne sommes pas tous égaux, en tant que personnes, nous le sommes bel et bien, qu’on se le dise, et se le dise encore et partout. En tant qu’hommes et personnes, nous avons à nous approprier la vraie liberté qui est une liberté responsable. Grâce à ces notions profondes d’égalité et de liberté responsable, nous pouvons développer la fraternité. La relation de l’impasse, celle d’un «dominant / dominé» vindicatif, peut être alors enfin dépassée. Et cela pour un «vivre» avec l’autre ou les autres, bien plus réel et réaliste, celui de la complémentarité dans l’égalité, celui qui développe le sens du partage comme un devoir et un droit, naturellement, parce que finalement sur-naturel, ce «vivre» ou «être» avec l’autre ou les autres.
La crise économique a des conséquences graves, car on voit beaucoup de riches et de grosses entreprises qui se sont enrichis depuis, pendant que les pauvres s’appauvrissent toujours plus! La loi de la jungle ressurgit même chez nous, elle sera toujours à combattre. Tout aussi graves les raisons immorales de cette crise qui courent toujours, au risque de faire sombrer le monde! Fort heureusement, des hommes et des femmes luttent contre les injustices, partout où ils se trouvent. Je rêve qu’ils se multiplient afin de renverser la vapeur.

Par: Michelle Foucault, le 26.2.2011


Ce n’est qu’un article, qu’une opinion. Mais elle relève un fait surprenant. « Les Révoltés ne veulent pas le Pouvoir ».
http://www.marianne2.fr/Tunisie-Egypte-Libye-les-revoltes-ne-veulent-pas-le-pouvoir_a203161.html?preaction=nl&id=2932805&idnl=26250&
Ils veulent que l’on tienne compte de leur avis, de leur présence, de leur existence. C’est une nouveauté radicale. Je souhaite que cette idée soit vraie.

Par: Didier, le 28.2.2011


J’avais lu aussi cette article. En effet, ce qui est remarquable c’est que ces soulèvements sont une contestation citoyenne qui demande à la classe politique de respecter leurs droits, leurs aspirations à la dignité et au partage. Internet est devenu comme le système nerveux de notre planète qui a rendu possible cette mobilisation contre les dictateurs. C’est de bonne augure.

Par: Marie-Joseph, le 28.2.2011


Cette histoire des pays arabes sort du cadre de la politique habituelle, des raisonnements et des explications habituelles. J’assiste à d’extraordinaires tentatives pour faire rentrer ces mouvements dans un cadre rationnel. Khadafi avec ses cellules d’Al-Kaïda n’est pas plus idiot que celui qui raconte que tout cela est un complot US.
L’histoire en cours se passe mal. Mais c’est vivant. Ça nous échappe. Ça nous rappelle que nous devons composer avec ce truc nommé réalité. Parfois, c’est rude. Mais je prends cela comme un rappel à l’humilité.
Je ne peux pas pleurer ce qui tombe. J’ai peur de ce qui se passe. Mais l’immense nouveauté de cette histoire est que des gens ont décidé d’exister quel qu’en soit le coût.
Pour moi, c’est un immense modèle. C’est un appel à l’action. C’est un appel à la vie. C’est un appel à leur dire « Je reconnais votre existence ». Je trouve cela très bien. Ma peur est sereine.

Par: Didier, le 8.3.2011


Pour moi, le seul cadre rationnel valable est celui qui cherche à rendre compte de la réalité. Ce qui est frappant, c’est cette jeunesse arabe tellement déterminée à faire triompher les droits de l’homme dans leur pays. Et les femmes sont aux côtés des hommes engagées pour cette noble cause. Autrement dit, la jeunesse arabe démontre avec une force exceptionnelle, au prix de sa vie, la vérité universelle des droits de l’homme. Elle met ainsi en échec la tentative de plusieurs états musulmans à l’ONU de faire valoir le culturalisme pour « adapter » les droits de l’homme à leur culture comme s’ils n’étaient pas universels. Il apparaît ainsi au grand jour que c’est une supercherie des dictatures arabes pour se justifier. D’ailleurs, en ce qui concerne la Libye, je me demande s’il ne s’agit pas plutôt de mercenaires contre un peuple, plutôt qu’une guerre civile. Une grande question que je me pose : la liberté religieuse, pierre d’angle des droits de l’homme, sera-t-elle appliquée dans ces pays ? Les chrétiens et les juifs pourront-ils accéder aux mêmes droits que les musulmans ? Dans l’affirmative, ce sera vraiment une révolution ! En tout cas, le contexte actuel ouvre une brèche…

Par: Marie-Joseph, le 8.3.2011


J’aime bien cette expression «d’ouverture de brèche» de MJ et l’aspect «inattendu», relevé par Didier, des réactions de ces peuples. En effet nous les avions et ils s’étaient enfermés dans des définitions claniques. Et voilà que ça explose ! C’est surprenant ! Comme le dit Didier, cela restera marqué. Les choses ne seront plus comme avant dans ces pays, une brèche s’est de fait inscrite dans leur histoire. Dommage qu’elle soit aussi cruelle, sanglante, et risquée ! Espérons que leurs futurs ou nouveaux gouvernements mettront tout leur savoir-faire au service de plus de justice.

Par: Michelle Foucault, le 11.3.2011


Sortir du cadre est toujours risqué. Les Libyens en paient le prix. Il est terrible. Nous y subissons une défaite morale atroce. Nous sommes dans le cadre et y laissons ce qui ressemble à notre âme. Je trouve encore plus moche l’idée que nos gouvernants vont bientôt faire des ronds de jambe à Kadhafi.

Par: Didier, le 17.3.2011


La résolution de l’ONU autorisant des frappes aériennes ciblées étaient attendue par tout un peuple pacifique réprimé par l’extrême violence d’un dictateur. L’ONU exclu l’invasion et l’occupation du pays. Si cela avait été fait de la même manière en Irak, il semble que tout serait allé mieux. La communauté internationale sous la pression des peuples opprimés est en train d’apprendre comment se comporter d’une façon efficace pour soutenir la démocratie, le développement et la paix dans le monde. Ce serait intéressant de relire Pacem in terris de Jean XXIII dans ce contexte.

Par: Marie-Joseph, le 18.3.2011


Jean XXIII est un « dangereux révolutionnaire ». J’ai recopié des sous-titres au chapitre des droits:
« Le droit à l’existence et à un niveau de vie décent. Droits relatifs aux valeurs morales et culturelles. Le droit à la liberté dans le choix d’un état de vie. » J’aime aussi au n° 18: « Tout homme a droit au travail et à l’initiative dans le domaine économique » ainsi qu’au n° 22: « Par ailleurs, il n’est pas hors de propos de rappeler que la propriété privée comporte en elle-même une fonction sociale ».
C’est un très « dangereux révolutionnaire ». Il serait traité de socialiste ou de communiste sans aucune hésitation. Je pense également que les Libyens, les Égyptiens, les Tunisiens, les Yéménites, les Syriens et j’en oublie qui se révoltent accepteraient sans hésiter ces paroles. Et je n’ai fait qu’un survol très en diagonale.

Par: Didier, le 23.03.2011


Excellent… Dommage que nous ne soyons pas comme Dieu selon la Bible « qui fait quand il dit! »
Amitié

Par: Michelle Foucault, le 26.3.11


Le printemps arabe a encore un long chemin à parcourir, preuve en est l’article 2 du référendum sur la Constitution en Égypte qui réaffirme que la charia est la source principale de la législation. La charia s’oppose aux droits de l’homme en de nombreux points, notamment la liberté religieuse. Cependant, la loi islamique est sans cesse réinterprétée par les états musulmans. Le vent de liberté qui souffle amènera inévitablement une nouveauté exigée par la raison elle-même, celle de l’esprit critique par rapport au Coran. C’est le pas fondamental à franchir pour que les pays arabes entrent dans la modernité. La Turquie ne l’a pas encore fait et ne constitue pas un bon modèle, car elle fonde son identité nationale sur l’identité turque et musulmane, ce qui exclut les minorités, notamment kurde et chrétienne. Espérons que la forte minorité chrétienne en Égypte (10 %) et les aspirations de la jeunesse soient un moteur des réformes.

Par: Marie-Joseph, le 31.3.2011