Dieu et le monde (du 15 au 18 décembre 2006)

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J’ai une question importante.
Je crois en Dieu. Il est l’Autre et Il est tous les autres, dont toi. Il est aussi une affirmation de l’Amour dans le sens le plus fort du terme. Une des visions de l’Amour est que j’accepte pleinement la personne devant moi. Je l’accepte comme une chance et une charge. Réciproquement, je m’accepte comme une chance et une charge ou une responsabilité. Ces deux aspects de la rencontre avec moi ou l’autre sont pris comme objectifs, réels, palpables, existants. Je crois manquer quelque chose ici de très important, une motivation pour agir et pour intervenir dans ce monde. Je sens rater quelque chose d’essentiel et de positif. C’est une partie de la question.
Je crois que le monde existe. Il est basé, à mon avis, sur le narcissisme, la subjectivité. Je crois que la personne adaptée à ce monde considère son prochain comme un objet utilisable ou pas. Dans le premier cas, cette personne est un ami. Elle correspond à une tension ou une pulsion intérieure à Narcisse. Ce dernier se voit dans la personne utilisable. Tant que cette condition est vérifiée, Narcisse montrera des marques d’amitié à l’objet utilisable. L’humiliation de l’objet fait partie de la relation. La meilleure description de ce genre de relation est ce que je connais du sadisme. Une page du livre de philo au collège m’est restée en mémoire. Elle est dans ce rôle.
Ce Narcisse se sent libre. J’ai eu devant moi une personne refusant nettement toute idée de choisir ses valeurs, de décider d’une option dans la vie. J’ai pu lire, dans un forum, une très grande fierté de s’être débarassé de la religion et qu’il se sentait libre. Le texte laissait transparaître une très grande fierté et un fort sentiment d’être enfin libre. Il se sentait « bien ». Cette liberté refuse Dieu.
Ce Narcisse est prêt à se battre. Tout ce qui modifie sa vision de lui-même dans le monde et qui ne disparaît pas par déni est une menace mortelle. Narcisse devrait renoncer à sa vision du monde, à sa vision de lui – même, à sa liberté. Narcisse devient ainsi violent. Toute personne existant sur terre devient une menace pour lui.
Une façon de se battre est d’humilier totalement l’autre. C’est alors un succès. Le monde est redevenu normal. Quelqu’un a lancé une histoire de minarets à interdire. Le minaret nous dit que l’Autre existe. Cet autre ne partage pas notre vision du monde. A cause de cela, nous ne pouvons pas nous y reconnaître. Ces minarets sont beaucoup trop tangibles pour pouvoir être niés. En les interdisants, notre vision du monde narcissique est protégée. Les Musulmans se sentiront humiliés et niés. Selon mon idée, toutes les déclarations dans ce sens seront vraies. Nous, nous aurons des gens qui diront avoir résolu le problème de l’Islam en Suisse. Ce problème aura empiré.
Narcisse se sentant libre, et refusant toute conviction intérieure, devient manipulable. Toute personne donnant consciemment à Narcisse le sentiment qu’il recherche devient son maître. Encore le sadisme.

Par: Didier, le 15.12.2006


Narcisse sentant cela va se protéger à mort en donnant une image parfaitement lisse de lui même. Il devient invulnérable à la manipulation au détail près que cette image lui est apportée de l’exérieur. Narcisse va aussi utiliser toutes les faiblesses des autres pour les faire rentrer dans son moule. Le sadisme est encore là.
L’image est centrale. Elle devient le moteur de la vie. Tant que l’image est protégée, tout va bien. Georges W Bush est en train de passer l’Irak à son successeur pour permettre à son image de « Décideur » et de gagnant de perdurer devant lui – même. Il est engagé dans un combat à mort pour pouvoir continuer à se regarder en face. C’est le plus grand désastre de l’histoire contemporaine qui va nous organiser l’histoire du monde pour au moins un siècle. Ce désastre est augmenté pour protéger une image. La commission Baker s’occupe de protéger l’image des Etats-Unis plus que de résoudre le problème. Narcisse est en contact avec son image et oublie la réalité derrière. Narcisse contrôle le monde.
Nous sommes dans un monde tendant à devenir une lutte de chacun contre chacun, à devenir parfaitement amoral, où chaque personne est au mieux un outil pour avancer ses propres intérêts.
Dans ce monde, Dieu – Amour est un obstacle à la lutte pour la survie qui caractérise ce monde. Il est un obstacle par la morale qu’Il introduit. Il nie encore ce monde avec Son existence. Comment croire que le monde est ma création si je suis un élément de Sa création. Il tue également ma sensation de liberté (le monde est mon reflet). Il tue les moyens les plus importants de survivre dans ce monde. Je ne peux pas me permettre en tant que chrétien d’humilier mon prochain. Il tue la notion d’image de moi que je peux donner. A cause de lui, je suis renvoyé à ma réalité, à ma personnalité, à mes qualités, à mes défauts. Tout cela casse l’image. Dieu est ici un problème, un obstacle à la vie dans le monde. Ce dernier l’a parfaitement évacué. C’est impressionnant.
Je ne vois pas du tout ce que je peux faire dans ce monde. Adopter ses coutumes me choque. Les rejeter me semble impossible car elles sont devant moi et même en moi. Dieu est silencieux face à ce que je comprends. S’Il n’est pas silencieux, Il est un obstacle à la vie de tous les jours. Je ne peux pas respecter la règle du jeu.
J’ai un problème. Le Dieu que j’adore me demande d’être dans le monde. Le monde que j’aime ne veut pas de ce Dieu que j’apporte avec moi. Des idées ?

Par: Didier, le 15.12.2006


C’est vrai que le monde est narcissique. Ce qui me frappe, c’est que la notion de « personne », qui est un grand acquis du christianisme, aboutit à l’individualisme, au lieu de la communion, ce qui est contradictoire. Mais la force du chrétien, c’est qu’il connaît le coeur de l’homme, révélé en Jésus Christ. Le narcissique est malheureux, car il s’isole dans sa tour d’ivoire. Plus le monde s’enfonce dans les ténèbres, plus la lumière de Noël peut être perçue comme la vraie réponse. Une réponse pas idéaliste, mais bien celle de l’incarnation, toujours possible, car Jésus a choisi d’habiter notre monde tel qu’il est. Le royaume de Dieu, de la communion, peut vraiment commencer dans notre monde. C’est la grande révélation de Noël.

Par: P. Marie-Joseph, le 16.12.2006


Marie-Joseph,

Je pense que le mot clé est « incarnation ». Tu écris que Jésus Christ a choisi d’habiter notre monde tel qu’il est. Il s’est incarné. C’est donc la meilleure réponse que je puisse donner à la question que je t’ai posé. Je te remercie pour cette réponse. L’appliquer m’appartient totalement.

J’ignorais que la notion de Personne est un acquis du christianisme. C’est un grand acquis. L’individualisme c’est alors la Personne sans Dieu. L’alliance entre les hommes est rompue. C’est logique.

La réponse à cette absence est de choisir ce qui semble beau, supérieur et bien. Un énorme sentiment de liberté apparaît. Narcisse crée son monde. Le reste doit suivre. Nier cette « création » revient à agresser la « liberté ». ou agresser Narcisse de façon blasphématoire. Il devient dieu.

Les bonnes et mauvaises notes sont distribuées. Les bonnes notes impliquent la reconnaissance. Les mauvaises impliquent l’ignorance absolue. Le critère du bien et du mal devient ce qui convient. Le plus agréable devient le plus juste. La facilité devient le chemin à suivre. Le monde devient un lieu ou seul existe ce qui plaît. Il choisit. La liberté est cette possibilité de choix. Toute contradiction devient une négation de son être le plus profond.

Par: Didier, le 18.12.2006


La violence apparaît. La première est de ne pas être choisi. C’est une humiliation d’une très grande brutalité. La seconde est d’ignorer son prochain car il ne correspond pas aux besoins ressentis. La troisième est la réduction de ce même prochain à ses caractéristiques utilisables. Il devient absolument nécessaire d’être parmis ceux qui choisissent. Sinon, c’est subir des humiliations, être rejeté, être privé de toute occasion de briller, être mis dans une case sans issue. Soumettre un individu à un tel traitement provoque naturellement le « pétage de plombs ». Cette opération reste très mauvaise, mais compréhensible. Les personnes dites « bordeline », toujours prêtes à exploser, sont dans cette situation. Si de plus, ils respectent l’attitude narcissique, logiquement, ils explosent. La violence est là.

La manipulation est aussi présente. Pour exister, il faut être choisi comme référence. Alors il faut absolument donner une image qui donne envie d’être choisi. C’est une faiblesse. Aperçue par un « client », elle ouvre la porte aux abus du type harcèlement, mobbing. Mais le « vendeur » est aussi un manipulateur. Chacune de ses « ventes » est un succès énorme. Il a vendu plus que ce qu’il vaut et fait donc un bénéfice disproportionné. Cela implique une très grande motivation à la vente. C’est si important qu’il devient possible d’oublier cette disproportion. Plus simple encore, déclarer que la vente est la seule chose digne de ce nom rend le contenu sans importance. Le monde de l’image et de l’apparence deviennent ainsi la seule référence.

Etre en position de pouvoir, que ce soit comme vendeur ou acheteur, devient une condition de survie. Dans cette position, toute transaction se fait au bénéfice du puissant. C’est lui qui dicte la règle de la transaction. Elle se base sur les humeurs du plus puissant. Dans cette position, le monde devient sa chose. Dans la position du faible, l’individu devient un objet. La peur de devenir un objet envahit chaque instant de la vie de Narcisse. La jouissance de dominer l’envahit aussi. Etre un « loser » devient une abjection totale, un motif de rejet tellement puissant que sa seule idée est niée avec force. Le plaisir de gagner rend beau, souriant, à la mode, en forme, fort, riche, etc… Chaque couverture de magazine avec une très jolie femme dessus dit ce que rapporte la victoire. Elle me dit « Je suis à toi si tu gagnes ». La fille est toujours superbe.

Par: Didier, le 18.12.2006


Une structuration des individus se fait. La fille sur la couverture vend ses jolies formes au photographe, qui vend ses jolies photos au journal, qui vend ses jolis numéros aux lecteurs. Dans chacun des cas, tromper sur la marchandise n’est pas important. La vente est vitale et elle ne concerne pas que l’argent. La fille est puissante. Elle fait usage de sa puissance sexuelle. Le photographe est puissant. Il utilise sa maîtrise de la photo. Le journal est puissant. Il maîtrise les désirs de ses clients. Les clients achètent toute cette puissance concentrée. Qu’importe qu’elle soit insignifiante. Ils obtiennent le meilleur possible.

Cela leur permet d’avoir par identification et rêve la fille. Avec la fille, ils acquièrent tout le contenu du journal. Ils possèdent et c’est un acte sexuel. Ils sont puissants car ils ont acqui de façon très simple et légère des choses et des savoirs extraordinaires. La fille possède le photographe. Elle a imposé sa personne au photographe et à un grand nombre de lecteurs. Le photographe possède le journal. Il a imposé son travail. Le journal possède les lecteurs. Il leur a imposé leur monde. Vu que chacun trouve ce qui lui a été imposé agréable et qu’il a choisi librement, il l’accepte. Mais quelque part, le sentiment du vide personnel et l’idée que chaque membre de la chaîne des dominants a possédé le suivant rend ces victoires et cette liberté amère.

Par: Didier, le 18.12.2006


Il faut faire attention à ne pas se faire rouler. Il faut se méfier. Il faut calculer et prévoir pour battre l’autre. Dans chacun des cas de la chaîne se trouve des concurrents, des adversaires qui vous aggressent pour survivre et que vous devez vaincre pour survivre. C’est le combat de chacun contre chacun. Il doit être sans cesse répété. Aucune loyauté de personne est à attendre. Aucune pitié n’est à espérer. Serrer les dents, combattre, ruser, manipuler, paraître, vaincre, perdre, humilier, déprimer, s’agiter, trembler, cacher, tricher, mentir deviennent des activités naturelles et inévitables. Quelqu’un a dit de tout cela « Il n’y a pas d’alternative »

Je crois en Dieu, Père, Fils et Saint Esprit. Je Lui rends ici adoration. Il me sort de tout cela. Il me sauve. A cause de Lui, je peux dire la Vérité, Etre moi-même, pardonner, aimer, reconnaître, apprécier, admirer, estimer. Chacune de ces actions et bien d’autres prennent un sens par Son existence. Il devient la référence, le roc et le point d’appui. A cause de Lui, j’ai une alternative.

Par: Didier, le 18.12.2006


A cause de Lui, devant Narcisse, je peux dire : « J’existe ». Je peux aussi dire à Narcisse cette folie inhumaine : « Tu existes. Je le reconnais et je l’affirme. » L’absence du narcissique est perdue. Juger toujours et sans cesse devient inutile. J’accepte la réalité. Elle est là comme Dieu est là. Il l’incarne. Je suis aussi dans la réalité. J’y suis incarné. Cette présence tue la manipulation. Accepter la réalité rend cette dernière vide et vaine. Je cesse d’être un jouet. J’existe. Cela ne diminue pas les douleurs ou les joies. Mais l’humiliation devient un phénomène extérieur, un accident dont l’importance est inversément proportionnelle à l’ouverture que j’ai à Dieu. S’Il est le garant de ma dignité, aucun humain peut m’écraser. Réciproquement, tout humain devient digne à mes yeux. Je crois même qu’il n’a pas besoin d’être humain pour être digne. Je respecte les montagnes (pas comme les humains, mais tout de même). Me faire rouler et utiliser reste possible, mais un ancrage hors de ces relations existe. C’est déjà beaucoup. Le choc reste aussi violent, mais pas aussi total qu’en cas d’absence de Dieu. Je peux donc exister, m’incarner. Je crois qu’un tri se fait dans mes relations en adorant Dieu. Sa présence me rend insupportable à Narcisse. Il s’en ira. Ceux qui resteront seront dignes de confiance. Les Autres seront confrontés à leur propre vide. C’est violent.

Je crois en Dieu. Je crois au monde. Je crois que ce dernier est individualiste. Je crois que Dieu est incarné en Jésus Christ. Par Son incarnation, je me fais dire que « je suis ». Je suis parce qu’il est. Cette incarnation me fait dire à mon prochain : « Je suis » et « Tu es ». Je deviens ainsi un don à chacune de mes rencontres. Chaque rencontre a un sens. Au lieu du vide, je reçois et je donne la vie. Il est le Chemin, la Vérité et la Vie. Merci.

Plus prosaïquement, dans mon expérience, quand je touche à ce genre de vérité, il se produit un choc en retour brutal et désagréable. J’ai fait une énorme rencontre, de très grande valeur. J’ai rencontré une réponse à Narcisse. Mais d’expérience, j’ignore ce que cela signifie dans la vie de tous les jours. Je n’ai qu’un début d’idée. Tout le reste est à faire. J’ignore absolument où je vais. J’ignore si je serai en vie l’année prochaine à cette date. J’ignore si je croirai encore en Dieu. Je ressens mon avenir comme la nuit qui tombe. Ils sont là. Je dois y aller.

Par: Didier, le 18.12.2006